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Le pays des beaux chapeaux, le point de passage entre les deux océans, un pays libéré de la tutelle américaine, potentiellement plus riche qu’un pays pétrolier, je m’en faisais une belle idée.
Horreur.
Le port coté atlantique mérite son nom, Colon, et j’aurais nommé ce cloaque Gros colon pour qu’on s’en fasse une idée plus réaliste.

La marina ou transitent plusieurs centaines de voiliers par an est plus que délabrée,
l’accueil est minable, voire détestable, les démarches administratives d’entrée
ubuesques (comme dans toute l’Amérique latine à ce qu’il paraît, sans les dessous
de table ici), les services habituels des ports de plaisance inexistants, et chaque
mouvement du petit doigt coûte au moins un dollar. Elle abrite heureusement un
bistrot et un restaurant qui servent de lieu de rencontre à tous les candidats
au passage du canal, mine d’informations, de coups de main échangés et de rencontres.
La plupart des bateaux sont au mouillage, à un mile de la marina, et les allers- retours en annexe sont parfois très humides. Il faut payer deux dollards par jour pour l’accès au ponton des annexes, en échange de l’accès aux douches (les français s’échangent une clé pour ne pas payer les cinq dollars retenus sur sa caution), aux machines à laver, à internet et surtout aux taxis, puisqu’on est isolés au milieu du port de commerce.
Une fois de plus on vérifie le drame de l’apport occidental en pays colonisé puis " rendu à sa liberté " Dans ce pays ou il passe au moins cinquante cargos par jour, à 400 000 balles le passage en moyenne, on se demande ou passe le pognon.

Les Panaméens disent qu’il est dans les poches des politiques. Il est certain qu’il n’est pas dans celles des habitants de Colon ou Balboa.
A part dans les quartiers d’affaire, où on ne vit pas, tout est en ruine, sale, honteux. Les rues sont défoncées dans des travaux sans fin, le béton tombe des façades, les toits ruinés s’effondrent, la crasse envahi tout. A Balboa tout de même, quelques quartiers tentent de redresser l’impression générale, sans pour autant y arriver. Ses immeubles rupins sont presque une insulte aux ruines environnantes et grouillantes. Grande tristesse pour ces gens adorables, surtout depuis que je maîtrise mieux l’espagnol .
Chaque contact est un plaisir, bien qu’il faille obligatoirement être accompagné d’un local ou en taxi pour sortir des grandes avenues. On m’indique l’adresse d’un mécano qui ne répare que les motos volées, en me prédisant que c’est très dangereux et que je vais me faire agresser etc.. Le type est normal, sympa, se décarcasse pour me dépanner alors qu’au premier coup d’œil je sais qu’il ne peut pas.
Je dois faire tourner un pièce, un gars me conduit à pied dans un dédales d’immeubles pourris, puis au travers d’une casse de camions, puis d’un champ de bananes, pour arriver dans la cour des miracles, avec des éclopés qui récupèrent du fil de cuivre dans des moteurs électriques antédiluviens, des faméliques qui arrachent des bouts d’épaves pour les vendre au ferrailleur, des grand-pères qui usinent avec les machines à Dickens dans des poulaillers noirs de graisse, des inutiles qui jouent aux dominos en sirotant des bouteilles planquées dans des sacs en papier craft.

Hors de question de me laisser partir tout seul, même le taxi ne veut pas venir ici, et c’est un papy qui me raccompagne en voiture, et fait dix fois le tour du quartier, de quoi me ramener vingt fois à la marina, pour trouver un taxi digne de confiance. Je n’ai pas rencontré de personnes visiblement dangereuses, mais les agressions sont suffisamment fréquentes pour que même les habitants en soient inquiétés en permanence.
On devine que les américains on quitté un Panama chic et probablement luxueux. Les bâtiments du début du siècle sont gracieux, aérés, les rues larges et droites. A leur départ, les bidonvilles environnants se sont vidés dans les immeubles délaissés, les habitants alentours attirés par les mirages des villes ont accouru, mais sans les gringos, plus de boulot. Alors ils vivent comme dans des cases, attendant le passage du cadavre de leur ennemi sur le seuil en écoutant de la musique cubaine.
Les taxis sont marrants, conduisent à coup de klaxon et d’engueulades, et je n’ai toujours pas compris leur système de priorité. Je crois que c’est le plus fort qui passe.
Les bus multicolores éructent une fumée noire par leurs pots chromés, bloquent la circulation, transportent des dizaines de gens sur des pneus lisses.

Des flics en moto, fringués comme Mad Max, friment les gonzesses derrière leurs raybans, leur gilet pare balle, et leur flingue survitaminé.
Et fleurissent les portraits des prochains escrocs qui régiront leur misère, en cette avant veille d’élections. C’est coloré, animé, bruyant, il y en a partout, des portraits et des slogans, des minibus portant pavillons et haut-parleurs.
Chacun de ceux à qui on en parle nous dit qu’ils n’échapperont pas à une nouvelle lignée d’escrocs.
Ils sont sans espoir, et l’imbécile qui chante que la misère est moins pénible au soleil n’y est pas allé voir, ou c’était il y a longtemps.
Enfin, nous, on est là pour le canal, après tout. C’est le début de la saison des pluies, et l’endroit n’est pas fait pour qu’on y reste. Nous trouvons dés le jour de notre arrivée un bateau qui cherche des équipiers pour traverser. Le règlement impose quatre équipiers en plus du capitaine pour manœuvrer les amarres.
A défaut, il faut embaucher des " handliners ", à 65 dollars la journée. Cela nous permet d’effectuer une première expérience du canal et de s’en faire une idée. Il nous faut ensuite trouver quatre amarres de 38 mètres d’un diamètre réglementaire de 22 mm. Cela se loue quinze dols pièce, et il faut organiser leur rapatriement de Balboa à Colon (les indélicats les conservent, ce qui fait augmenter le prix de la location pour les suivants). Ensuite, il faut trouver des pneus pour protéger le bateau. Huit au minimum pour nous, jusqu’à une vingtaine pour les anxieux du gel coat.
On achète les pneus trois dols pièce, si on ne peux les trouver. Pour les trouver, il faut avoir la chance de tomber sur un bateau qui vient de traverser dans l’autre sens, qui cherche généralement à s’en débarrasser. Les pneus sont gratuits à Balboa car il faut payer un dol par pneu pour les débarquer. Chacun est content lorsqu’il arrive à les donner à un bateau qui arrive du Pacifique.
Après la confirmation de la date de passage nous sommes sur le pont à quatre heures du matin en attente du pilote. Comme nous n’avons que des petits bateaux, on nous refile des pilotes occasionnels, officiers de passerelle en général, qui connaissent bien le canal. Il y en a des bons et des moins bons.

Nous avons droit au deuxième type, voir la photo du deuxième type en action. Pour passer les écluses, nous sommes amarrés à couple d’un autre voilier, " en nid ". Comme il faut obligatoirement obéir au pilote, je suis avec réticence ses ordres, qui nous mettent en travers de la première écluse, gratifiant le bateau à couple de quelques bosses le long du quai.
Il me laissera faire les autres manœuvres, nous laissant une assez médiocre impression. Son collègue sur l’autre bateau est plus compétent, il synchronisera parfaitement les manœuvres par la suite. Cela se passe bien, nous nous amarrons à un remorqueur dans chaque écluse, et c’est lui qui gère les amarres à quai.

Apres trois écluses, le lac de Gatun, qui forme le principal du canal, est assez joli, plein d’îlots verdoyants. On voit quelques singes, pas de crocos cette fois-ci, des arbres pétrifiés émergeant des anciennes rives du lac, dont on a fait monter le niveau par la construction d’un barrage, chassant les habitants d’une vingtaine de villages. Le prix à payer pour ce genre de réalisation, avec quelques milliers d’ouvriers morts au travail dans la jungle équatoriale. Le site est devenu une immense réserve naturelle, la croisière y est interdite, et les nombreux cargos qui passent laissent indifférents faune et flore de ce sanctuaire.
Arrivent les trois écluses de sortie, on est largement en avance sur l’horaire parce que notre pilote veut rentrer chez lui au plus vite. Du coup, le rendez vous fixé à nos fans sur internet est raté. Nous avons plus d’une heure d’avance. Une caméra filme en permanence la deuxième écluse de Miraflores, et nous sommes là comme des mômes à faire coucou à la caméra. Les gens installés à la terrasse panoramique en dessous nous renvoient nos saluts, se demandant ce qu’on leur veut.

Encore quelques miles et nous attrapons une bouée au " Balboa yacht club " qui est encore plus nul que celui de Colon. Champagne chilien à bord et bière au bistrot du club pour fêter notre arrivée dans le Pacifique. Le ciel tonne en vraie fureur, des milliers de litres d’eau en tombent, ou est passée la douceur Atlantique ?
Rencontre avec Gildas Flahaut, qui revient de Patagonie avec ses planches à dessin, expo temporaire dans le carré d’Horus, on se quitte à regret en se promettant de se revoir.
Rien ne nous retient, et les Galapagos nous attendent, on fait les pleins et nous voilà partis à la découverte du Pacifique.
Alex de Roquefeuil
Commentaires
1. > Panama, 22 mai 2004, 17:56
d’Alex de Roquefeuil :
La marina ou transitent plusieurs centaines de voiliers par an est plus que délabrée, l’accueil est minable, voire détestable, les démarches administratives d’entrée ubuesques (comme dans toute l’Amérique latine à ce qu’il paraît, sans les dessous de table ici), les services habituels des ports de plaisance inexistants, et chaque mouvement du petit doigt coûte au moins un dollar. Elle abrite heureusement un bistrot et un restaurant qui servent de lieu de rencontre à tous les candidats au passage du canal, mine d’informations, de coups de main échangés et de rencontres.
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Apparemment, ily a pire qu’ici, et plus cher ...
Ca va rassurer les voileux râleurs qui de plaignent de Port Tudy !
et comme Beudeff rouvre bientôt, ils auront aussi les restos (le Pêcheur et le Roof) et le bistrot :))
AM
2. > Panama, 9 avril 2005, 05:45
Décidement on a pas vu le même panama...
moi en tout cas je ne partirais pas en voyage avec toi, parce que tu me sembles un putain de plaignard. J’ai beaucoup de difficulté a lire des articles comme ce que tu as écrit... Voyager cest supposé etre quelque chose de beau et agréable. selon moi, tu n’as juste pas su regarder les belles choses
1. > Panama, 9 avril 2005, 10:15
encore un qui a honte de dire son nom,
mais son avis ne nous intéresse pas , est-ce bien le sien ?
je ne pense pas qu’Alex aurait envie de partir avec un grossier personnage
un peu de courage M. X
jpicart
2. > Panama, 9 avril 2005, 10:46
Mais il n’est pas dupe, Alex, il sait bien qu’une partie des voyageurs (ou plutôt des touristes) passe à travers la réalité sociale et politique des pays sans que cela ne les affecte.
De plus, ne pas avoir remarqué qu’Alex écrit un hymne permanent à la nature (en contraste avec ce que les hommes en font) prouve le parti-pris de cet anonyme dont on peut supposer "qu’il est à mettre avec les autres"
AM