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28 octobre 2003, Madère/Lanzarotte

12 novembre 2003, par Admin - 2 commentaires

Salut les Amis,
Une petite bafouille de teneriffe, au milieu des Canaries, pays de volcans. Plein les yeux, nos meilleures escales depuis le depart, surement grace au vrai depaysement que nous offrent ces iles. On pèche des poissons enormes avec des sales geules, mais delicieux. la suite ci-dessous.
Super, les dessins de Fanch, et jolie deco du monument aux morts. Ca plait surement beaucoup !
Amities a tous
Alex

28 octobre 2003, Madère/Lanzarotte.

Ce soir, la nuit est africaine. Nous sommes à une latitude comprise entre Essaouira et Agadir, et bien que le vent soit d’ouest, on veut le sentir sec, anticyclonique, nous promettre les chaleurs à venir et la promenade à dos de chameau lue dans un guide touristique.

Départ de Madère sous un ciel d’orage, vent imprévisible, passage à la pointe des îles Désertas ahurissant. Mer de tempête sans vent, creux de cinq mètres et déferlantes noir-émeraude, sinistres comme les falaises que nous longeons à la tombée du jour. Nous n’avions pas bien mesuré la distance à laquelle s’étendent les hauts fonds. Heureusement, cela n’a pas trop duré, et nous avons vite retrouvé un peu de régularité dans le vent et la houle du large.

Lever du jour suivant bleu pastel, désert bleu toute la journée ; un cargo, une tortue et un oiseau, c’est tout ce que nous avons vu aujourd’hui. Repas du soir quatre étoiles, raie pastenague au petits légumes et câpres. Encore une recette à imaginer pour finir la bête de quinze kilos que j’ai pêchée à Machico. Bien que je l’aie partagée avec d’autres bateaux, nous en avons fait quatre repas.

Il est bientôt minuit, le vent est tombé et c’est le moteur qui nous déhale. Bientôt la fin de mon quart, Gaétane va me remplacer quelques heures. Nous n’avons pas fixé d’horaires, l’un réveille l’autre lorsque le besoin s’en fait sentir, sachant qu’il faut gérer son sommeil pour le quart suivant, donc garder des réserves. Lorsqu’on est au moteur, le pilote barre en permanence, on met la lumière dans le cockpit pour lire, ou écrire.

Quentin et Bérenger ne font pas les quarts. Bérenger reste souvent en début de nuit, Quentin file dans sa cabine dés la fin du repas du soir pour lire et écouter de la musique. Je crois qu’il seront plus motivés quand les nuits seront plus chaudes, et je préfère qu’ils gardent leur énergie pour les cours du cned.

La lune s’est couchée tôt. Maintenant, nous et les étoiles, seuls dans une sphère noire, sans horizon. Il n’y a plus de repères dans une telle obscurité. Le battement du moteur ne compte plus la distance, mais le temps qui nous sépare du jour.

Bien avant qu’il se lève, une ombre de lumière vient masquer la nuit. Pendant un moment, on pourrait croire qu’il va faire gris, mais c’est seulement l’ultime moment de résistance de l’obscurité face au soleil. Bientôt les nuages se dessinent, se chargent de couleurs, une nouvelle journée commence ?

LANZAROTTE.
(Apres une nuit passée dans l’horrible port de Arrecife (vous savez, moi et les grandes villes ?), nous levons l’ancre au matin pour le sud de l’île, Playa Blanca, disent les cartes, oû une marina inconnue des plus récentes publications permet de faire les pleins, prendre une douche chaude et de laver son linge.)

« POR ESTAR DE ESTE PAYA , ME CONDANERON A MUERTE »
Peint en lettres rouges sur le flanc d’un canot échoué au milieu des gravats, prés de la maison de son propriétaire, cela a tout d’un cri de désespoir. L’avenir de Playa Blanca appartient aux promoteurs. C’est la partie la plus sèche de l’île, nous l’avons surnommée « Teutonland », tout ce qui y pousse est en béton.

En arrière-plan, les volcans causent avec les nuages.
Paradoxalement, la boulimie immobilière locale ne semble pas aussi détestable qu’en d’autres endroits. Pas de constructions hautes, mais qualité architecturale très élevée, excepté pour les anciennes constructions. Le tourisme allemand a probablement sorti la région de la misère. Sans lui, ce serait probablement le désert ici, aujourd’hui. Alors, compatir pour un pépé râleur qui préfère mettre son bateau au sec plutôt que le déplacer (comme les autres) de cinq cent mètres, non. Mais aussi harmonieuses et intégrées soient elles, des enfilades de béton, ça reste du béton ?

Nous sommes vite partis mouiller à la pointe de l’île, classée réserve naturelle. Plages blondes et falaises rouge et noir, eau tellement claire que la nuit, l’ombre du bateau portée par la lune se dessine sur le sable, dix mètres sous l’eau.

Oubliés, les Teutons et leur béton. L’île est saisissante. En son milieu, un coulée de lave noire couvre des centaines d’hectares, on dirait l’enfer, rien n’y pousse, rien n’y vit, et les anciens volcans qui en émergent sont comme des îles. Malgré cela, les agriculteurs y creusent des trous pour retrouver le sol, encerclent par autant de murets en arc de cercle chaque pied de vigne, recouvrent les champs de lave concassée pour limiter l’érosion de la terre par le vent.

Cette terre a gardé les couleurs de l’incandescence originelle. Là, des hommes tenaces s’échinent à façonner le paysage. Patchwork à dominante noire, comme une prière pour le repos des volcans.

Indifférents au béton qui s’étend ? Quand on casse du caillou millénaire depuis des générations pour s’enraciner, que pèsent les parpaings chics du littoral ?

Nous voilà ce soir, 8 novembre, à Ténériffe. C’est vivant, chaud et aéré. Je vous raconterai ça la prochaine fois.

Commentaires

  • Merci les amis,

    Vous nous rappelez, et ce n’est pas sur ce site que nous l’oublierons :), qu’il existe une vie
    en dehors de Groix. Que vous preniez le temps de nous faire partager vos bonheurs
    nous fait chaud au coeur et, en ce moment, avec les dessins cadeaux d’anniversaire,
    nous sommes particulièrement gâtés !!

    Nous avions ce soir au-dessus de notre navire enroché, une luminosité d’automne groisillon
    à nous faire penser que si le temps est court, il vaut d’être vécu.

    On aura droit à une petite bafouille avant le grand saut transatlantique ??

    Amicalement

    Anita

    • Salut Anita,
      prochaines nouvelles du cap vert : Nous sommes pour encore quelaues heures a Teneriffe. Demain matin a la fraiche, cap sur Gomera, puis , car le temps passe helas trop vite, des le lendemain, un joli saut d’une semaine pour atteindre le Cap Vert. Nous avons prevu d’etre aux antilles pour Noel, il va falloir respecter un peu le planing.
      Donc si possible, photos et blabla de Gomera, sinon dans une grosse huitaine.
      amities
      alex et l’equipage