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Les "VORACES" et les "CORIACES"

dimanche 25 mai 2008

Fort éloigné d’Albe, de Chiusi, avec comme seul rapport à Rome la vénération de certains superstitieux envers un de ses résidents,
un pays protégé des invasions par ses douves profondes remplies d’eau salée tuait le temps en entretenant les différends entre tribus.

Comme dans tout conflit, cela entraînait une dépense d’énergie qui ne saurait être tolérée en ces temps de productivité intensive.

Les patriciens du lieu importèrent donc une coutume existant dans des pays plus spacieux où des sages avaient beaucoup étudié :
plutôt que de demander à chaque noble famille d’envoyer sur le pré se battre trois de leurs meilleurs fils à l’instar des "Horaces" et des "Curiaces", il serait demandé à celui qui se pense le meilleur de chacune des deux tribus de sélectionner 18 de ses amis et de combattre pendant un temps limité sur le terrain de la dialectique.
(Ne me demandez pas pourquoi 19 glorifiés et pas 5 ou 5O, je ne pense pas trouver la réponse chez Corneille...)

Chaque chef de tribu fit graver sa devise du moment sur des tablettes qu’il distribua à la plèbe pour son édification.
Le plus âgé, pressé par le temps, avait choisi "Eheu ! fugaces labuntur anni !" ;
Le plus lettré, pour couper court aux questions idiotes : "De minimis non curat praetor".

On vit alors de doctes petits groupes s’aventurer dans des villages isolés à la rencontre de plébéiens dubitatifs pour leur exposer les arguments qui, pensaient-ils, étaient le mieux susceptibles d’emporter le morceau (oh ! lapsus calami ! je ne voulais pas sous-entendre qu’il y avait des privilèges à gagner, je rétablis donc la vérité : emporter la victoire qu’on n’appelait pas ici "Samothrace" mais "Electorale")

Les plébéiens crurent comprendre ce qui différenciait les caractères des discoureurs. Ainsi, nantis de l’humour féroce qui leur était reconnu jusque de l’autre côté de l’eau saumâtre, ils nommèrent le premier groupe "Les Coriaces" et le second "Les Voraces".

Il faut dire que ne pouvant guère espérer trouver de particularité dans les discours quasiment identiques des deux clans, il ne restait qu’à observer les modes de vie et supputer les pensées des combattants : ceci se faisant lors de rituels entre intimes commençant obligatoirement par la formule magique " T’as pas su ?".

L’analyse du contenu de ces messes basses par le messager local (croyant pratiquer la sociologie) montrait clairement qu’un des clans voyait l’autre comme celui des "envahisseurs Voraces" et que celui-ci ironisait sur les anachronismes proférés par ceux qu’il nommait les "Coriaces" comme des berniques.

A la fin du temps imparti au combat dialectique, les plébéiens endimanchés se rendirent dans une maison commune où ils devaient déposer le papyrus de leur clan.
Ceux qui n’en avaient pas envie avaient été fortement sollicités par le clan des Coriaces qui se chargèrent pour eux d’instrumenter.

A la pesée, il n’y avait pas un chalcus de différence. Il fallut donc compter les papyrus (et même re et recompter pour certains débutants).

D’où il ressortit que les "Voraces" avaient remporté le tournoi de seulement quelques mots, leurs promesses ayant été exprimées en termes plus choisis que celles de l’autre clan.

On entendit de loin le Chef des Coraces déclamer son ressentiment envers le gagnant,

Oh Groix, l’unique objet de mon ressentiment !
Groix, qui ouvre ses bras à un fier intrigant !
Oh Groix qui m’a vu naître, et que mon coeur adore !
Groix enfin que je hais parce qu’elle t’honore !

pendant que celui-ci se retirait calmement dans sa tour d’ivoire.

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