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Projection "Attention, danger travail" le jeudi 5 août, 21h, à l’Ecume des Jours

mardi 3 août 2004

réservez vos places !!!!

Attention danger travail
film de Pierre CARLES, Stéphane GOXE et Christophe COELLO

Une dizaine de chômeurs et chômeuses racontent pourquoi et comment ils ont
décidé de ne plus aller travailler. Après avoir fréquenté plus ou moins
longtemps le monde du travail, ces hommes et femmes ont fui l’usine,
l’entrepôt ou le bureau, bien décidés à ne plus accepter les règles de la
guerre économique contemporaine. Loin de l’image du chômeur accablé ou
déprimé, ces "sans-emploi qui n’en demandent pas pour autant" expliquent
ouvertement pourquoi ils cherchent à s’épanouir en dehors du monde du
travail, avec peu de ressources mais en disposant de temps à profusion.

****************

Le réalisateur Pierre CARLES prend la défense des déserteurs du travail :
8 « Danger Travail » donne la parole aux sans-emploi heureux de l’être.

Entretien recueilli par Philippe BERJAUD, paru dans Le Midi Libre, samedi 15/06/2002,

Ils ont délibérément choisi de se contenter du RMI plutôt que d’occuper des
emplois « de merde ». Bordelais d’origine et installé dans l’Hérault, le
réalisateur Pierre CARLES, 40 ans, rendu célèbre. par le film « Pas vu, pas
pris », présente, avec les cinéastes catalans Stéphane GOXE et Christophe
COELLO, une galerie de portraits de « déserteurs du monde du travail ».
Intitulé « Danger travail », ce document vidéo montre des gens qui ont
décidé de tourner le dos à un univers du travail qui ne leur a pas fait de
cadeau. Explication.

Vous vous intéressez à des gens qui ont volontairement cessé toute activité
professionnelle pour toucher le RMI. D’où vient l’idée de ce documentaire ?

"Les films que nous faisons relèvent tous de la même logique : faire
entendre un autre discours, un autre son de cloche, que celui véhiculé par
les médias dominants. Ici, en l’occurrence, donner la parole à des gens
refusant le travail et qui préfèrent vivre pauvrement, avec 2 600 F de RMI
par mois, plutôt que d’occuper les emplois dégradants qu’on leur propose. Le
postulat selon lequel les gens qui ont du boulot ont de quoi s’estimer
heureux ne fonctionne plus. L’idée du film est partie de là : combattre
cette idée reçue car le bonheur et l’existence sociale ne sont pas forcément
liés au fait de travailler. Alors qu’elle est toujours présentée comme une
bonne nouvelle, la baisse du chômage coïncide en réalité avec une forte
dégradation des conditions sociales, avec l’explosion de la précarité, de la
flexibilité, de la productivité maximale et avec de nouvelles formes de
travail à la chaîne dangereuses pour la santé. Depuis 1970, 70 000 personnes
sont décédées d’accidents du travail en France. Et ce chiffre n’inclut pas
les maladies professionnelles. Voilà la véritable insécurité : l’insécurité
salariale. On montre par exemple comment fonctionnent les centres d’appel
téléphoniques, lieux assez peu filmés par les équipes TV. La séquence est
incroyable : les employés sont comme des poulets en batterie, soumis à la
pression insupportable d’un petit chef, et travaillent dans un état de
stress épouvantable. Dans ce film, on donne pour la première fois la parole
à des gens normaux, bien dans leur peau, des gens comme vous et moi, qui
n’adhèrent pas au discours dominant sur le travail, et qui répondent : « Les
boulots merdiques payés des miettes, non merci, j’ai déjà donné, je préfère
déserter le marché du travail ». Ce ne sont ni des fous furieux, ni des
irresponsables. L’originalité du documentaire vient de là. On ne se pose pas
la question de savoir si ce que disent ces hommes et ces femmes est bien ou
non, on montre simplement qu’ils méritent d’être entendus et qu’ils
constituent une part de plus en plus importante de la population.
D’ailleurs, beaucoup de gens nous ont remerciés, à l’issue des
projections-débats de « Danger travail », de les déculpabiliser en laissant
dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas."

Comment jugez-vous les efforts des entreprises pour que leur personnel
s’épanouisse au travail ?

"J’ai tourné un documentaire diffusé dans l’émission Strip-tease en 1994
montrant la vie d’un contremaître d’une chaîne de livraison de pizzas à
domicile. Un type qui vivait 7 jours sur7 par, et pour son travail.
Apparemment, il n’est pas malheureux, il est juste aliéné. Les techniques de
management poussent les gens à se donner à leur travail, à épouser les
valeurs et la culture de l’entreprise, sans qu’il soit nécessaire d’avoir
recours à la coercition, en jouant sur la motivation. Dans un documentaire
pour l’instant non-diffusé par la Cinquième, on voit comment un ouvrier de
Peugeot-Sochaux a pourri la vie de ses collègues grâce à la fameuse boîte à
idées. Il avait trouvé le moyen de réduire la fréquence de certains
allers-retours sur la chaîne d’assemblage des voitures. _ Le gars a touché une
prime intéressante pour son idée qui a permis d’améliorer la productivité,
il était content. Mais la conséquence, c’est que la cadence de la chaîne a
été augmentée et le système a abouti à monter les gens les uns contre les
autres. Contrairement aux idées reçues, les conditions de travail se
dégradent, en particulier dans le secteur tertiaire où le productivisme et
les conditions d’emploi sont parfois pires que tout ce qu’on avait connu. De
nouveaux ouvriers corvéables à merci ont succédé aux ouvriers d’avant. Les
constructeurs automobiles utilisent un très fort contingent d’intérimaires
pour casser la syndicalisation et faire miroiter une embauche définitive aux
plus dociles. Et on peut remarquer que ces emplois d’intérimaires sont
occupés désormais par des « beurettes », c’est-à-dire par des filles en mal
d’ascension sociale au regard de la situation de leurs mères, qui acceptent
les boulots dévalués dont leurs frères ne veulent plus."

« Danger Travail » n’est-il pas aussi un film dont la critique reprend
celles des années 68 puisqu’il prône, en quelque sorte, le droit à la
paresse ?

"Aucune des personnes interrogées ne se réfère à 68. Elles disent juste
qu’elles préfèrent se contenter du RMI plutôt que de perdre leur vie à la
gagner dans des boulots pénibles et inintéressants, payés 5 000 F par mois.
Au cours des projections, on a eu quelques réactions violentes de gens
dénonçant ce choix de l’assistanat, le fait de profiter du système pour ne
pas travailler. En réalité, qui sont les vrais profiteurs ? Les RMistes ou
bien les types qui vivent de la bourse ? Les chômeurs ou les Messier, les
Lagardère et leurs profits indécents ? Dans le film, les gens interviewés
ont souvent travaillé en usine et cotisé pour l’assurance-chômage. Il y a
même une ouvrière qui dit : avec tout ce que j’ai enduré pendant vingt-cinq
ans dans le monde de l’entreprise, il est parfaitement légitime que je
touche le RMI. Ce sont en général des gens qui n’ont pas d’enfant, pas de
charges de famille et pour qui il est peut-être plus facile de faire ce type
de choix. Et puis, cela ne veut pas dire qu’ils aspirent à ne rien faire,
ils revendiquent simplement le droit de s’épanouir dans des activités qu’ils
ont choisies, de vivre heureux."

Source : L’Homme Moderne.
- http://lbsjs.free.fr/Carles/carles-attention.htm

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