« Anita, de Groix »

"Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire"

P. Delion indigné, une fois de plus !

Publié le 6 novembre à 10:42

Il ne suffit plus de s’indigner, révoltons-nous

Depuis de nombreuses années, je suis le témoin indigné de la casse du service public hospitalier en général et de celui de psychiatrie en particulier.
Depuis le début de la pandémie, je suis le témoin indigné de la démonstration par la situation réelle des effets de la casse en question sur l’hôpital.
Depuis que la pandémie fait moins parler d’elle, je suis le témoin indigné des effets cumulés de la pandémie et de la déconstruction du service public hospitalier.
En effet, les soignants de tous les statuts professionnels fuient en masse le service public et, soit changent de métier, soit vont dans le privé à but lucratif avec l’idée de « gagner plus » sans être « emm… » par une bureaucratie « new manageriale » qui continue de monter en puissance dans tous les établissements du sanitaire et du médico-social.
Ceux qui choisissent de rester, et désormais il s’agit véritablement d’un choix, racontent à n’en plus finir l’état de catastrophe dans lequel ils vivent chaque jour, individuellement et en équipes, entre les heures supplémentaires qui ne seront jamais remboursées et les consultations auprès du médecin du travail pour des signes de burn out qui sont maintenant connus de tous les soignants.
Des milliers de lits sont fermés en raison d’une pénurie incroyable des soignants, sans doute à la plus grande satisfaction des concepteurs des plans successifs de dégraissage du mammouth hospitalier.
Des milliers de patients attendent des consultations avec leurs médecins généralistes et leurs spécialistes, au point parfois de se décourager et de ne plus consulter faute de réponses concrètes.
Des milliers de soignants se rendent au travail avec la rage au cœur et le découragement en bandoulière et constatent tous les jours que de nouveaux collègues viennent d’annoncer leur départ pour d’autres cieux, ou de prolonger une fois encore leur arrêt de maladie, ou de manifester leur dépression masquée par divers symptômes difficiles à supporter.
Les mesurettes (les « ségurettes ») annoncées par le gouvernement ressemblent à s’y méprendre à des cataplasmes sur des jambes de bois. Les discours des politiques sur le dévouement des soignants, leur abnégation et leur générosité, apparaît pour ce qu’il est vraiment, une basse manipulation des sentiments humains. Les promesses faites pendant la pandémie, notamment par le président à propos de la nécessité absolue de revaloriser les professions les plus mal reconnues en termes de salaires, sont vaines et s’avèrent d’un cynisme consommé. Les projets de privatisation du service public se concrétisent chaque jour davantage et pourtant aucun des candidats à la présidence n’évoque la question du service public hospitalier avec le sérieux qui conviendrait à l’ampleur du désastre.
Bref, nous sommes dans une république post-démocratique dans laquelle la notion de service public se dissout progressivement au profit d’une médecine à deux vitesses, dans laquelle les discours politiques ne sont plus en adéquation avec la réalité du pays, dans laquelle les problématiques de santé publique passent après la relance de la consommation. Après les questions climatiques qui devraient être réglées en urgence absolue, celles qui concernent la santé de nos concitoyens apparaissent prioritaires et ne peuvent être déléguées à des organismes qui visent essentiellement à en tirer profit. Elles doivent rester dans le domaine du service public, sous peine de déclencher une partition entre riches et moins riches, voire pauvres, qui remettrait en cause le pacte démocratique qui nous lie.
Alors, soignants de tous les statuts, cessons de nous indigner de cet état de fait scandaleux, révoltons-nous, pour que tous les citoyens français réalisent vraiment ce qui se passe dans nos métiers, pour que les politiques cessent de se moquer des patients et de ceux qui les accompagnent, pour les prochaines échéances électorales tiennent compte de cet enjeu majeur, et donnent lieu à de véritables débats démocratiques en y associant tous les partenaires de notre société.

Pierre Delion
HumaPsy

Commentaires :

1. samedi 6 novembre 2021 à 13:48, par vincent

P. Delion indigné, une fois de plus !

Je trouve quand même que depuis le début de votre lutte, vous, les soignants, avez cruellement manqué de vision politique.

Descendre dans la rue et de se révolter en blouses blanches ne vous a jamais servi, sauf à se prendre le lacrymo des gazeuses de Darmanin : ici

Allez, un petit conseil :

ou bien vous teignez vos blouses en bleu et vous défilez avec un képi (vous n’êtes pas obligés de réclamer comme eux une exonération du passe sanitaire ou un droit de vue sur la justice),

ou bien vous teignez vos blouses en kaki et vous défilez avec un calibre 12 à l’épaule (vous n’êtes pas obligés de demander comme eux un permis moitié prix, le droit de se balader en plein confinement, ou encore de continuer à pratiquer des chasses cruelles et hors d’âge).

Vous allez voir comment la couleur et l’accessoire ça permet d’avoir l’oreille tout attendrie du gouvernement...

Ne me remerciez pas, ça fait plaisir.


2. samedi 6 novembre 2021 à 16:07, par Edranem

P. Delion indigné, une fois de plus !

...Descendre dans la rue et de se révolter en blouses blanches ne vous a jamais servi, sauf à se prendre le lacrymo.../

Les soignants "en grève" ne peuvent guère manifester dans la rue car, en cas de grève, le personnel est réquisitionné sur un effectif qui dépasse le nombre d’agents habituellement au travail (ces jours-là, les directions appliquent à la lettre les chiffres officiels de présence dans les services). Conclusion : ???

Lorsque tous les soignants décideront (ce n’est pas demain la veille, conscience professionnelle bien ancrée) qu’ils ne travaillent pas puisqu’ils sont en grève et s’assoiront sur les titres de réquisition, on peut imaginer facilement ce qui se passera.

Il ne leur reste donc qu’à assurer leur travail et ils sont bien au rendez-vous avec les patients - même avec inscrit sur leur blouse " infirmier(e), aide-soignant(e), brancardier(e)... "EN GREVE"

Nos gouvernants connaissent bien cette situation où les agents ne peuvent quitter leur poste. Ce qui leur permet de traiter par-dessus la jambe les revendications justifiées des soignants de tous les services hospitaliers PUBLICS... et ce n’est pas qu’une question de salaire...

La finalité de la chose est, comme tout ce qui concerne les services publics, de faire croire au peuple que la solution de "ces problèmes" est la privatisation de ces services...

Henri Ménard - Groix - Multi gréviste dans le passé


3. dimanche 7 novembre 2021 à 10:36, par vincent

P. Delion indigné, une fois de plus !

Bonjour Henri, content de te lire.

Évidemment entièrement d’accord avec ce que tu écris (ce n’est pas les soignants de mon entourage encore en activité qui me contrediront).

Non, je rebondis sur le mot « révolte » – employé par Pierre Delion – et qu’il semble vouloir associer à une insurrection dans les urnes.

Alors oui, bien sûr, sauf que la révolte dans les urnes ne viendra que par des citoyens « éduqués » politiquement.

J’entends par là des citoyens qui ont compris que les médias sont tout-puissants.

Des citoyens qui sont capables intellectuellement de contrer le matraquage incessant des télés et journaux.

Des citoyens qui ont compris que la presse titre toujours dans un seul sens (pour le oui au référendum en 2005, pour la candidature de Sarkozy en 2007, pour celle de Macron en 2017).

Bref des citoyens qui ont compris que les médias (aux mains des plus grandes fortunes en France) n’ont absolument aucun intérêt à ce que les choses changent.

Alors oui, j’en connais qui se sont affranchis de ce sirop qui doit absolument couler toute la journée dans nos oreilles, jusqu’à nos cerveaux éthérisés.

Mais pour beaucoup, cela n’a pas traversé les consciences ; l’émancipation demande du temps.

Alors pour moi, la révolte par les urnes, c’est pas encore gagné.

Déjà en son temps, Alexis de Tocqueville l’avait bien compris : ici


4. lundi 8 novembre 2021 à 11:55, par michel

P. Delion indigné, une fois de plus !

Mensonge ou propagande , peut-être les deux .
J’ai au moins dix cas de soins à l’hôpital et même dans les hôpitaux parisiens pour moi et ma famille .J’en ai un avec prise charge des pompiers de Groix, transfert en hélico à Lorient,puis dans la foulée à Rennes par la route, hôpital mieux équipé et tout s’est bien passé alors que le temps pressé, tout cela un 15 août .
SVP arrêtez de vomir sur les pouvoirs publics .


5. lundi 8 novembre 2021 à 23:33, par vincent

P. Delion indigné, une fois de plus !

Content pour vous de ces expériences heureuses Michel.

Malheureusement, pour le sujet qui nous concerne, elles ne peuvent en aucun cas venir infirmer le désastreux constat fait ici. J’ai même envie de dire bien au contraire.

Comme le rappelle le Dr Jacques Thibaut dans l’article du 2 novembre sur « un praticien hospitalier démissionnaire », tant que les soignants au bout du rouleau tiennent encore à peu près, alors ce n’est pas utile de trouver des solutions. Ils sont encore là. Et il leur faut faire toujours et encore plus.

"Et vous aurez beau faire toujours plus, on considérera que c’est « normal ». Tout juste s’il faut pas dire merci."

Tout est dit, non ?

Que savez-vous des conditions de travail de tous les soignants – du début à la fin de la chaîne - qui ont traité COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT vos dix cas de soin pour vous et votre famille ?

Comme une situation normale, malgré des conditions anormales.

Je vous renvoie aussi au commentaire d’Henri, qui rappelle que les soignants, quoi qu’il arrive, « sont au rendez-vous ».

Apparemment, ceux qui vous traité, vous et votre famille, étaient bien au rendez-vous. Et c’est tant mieux pour vous et votre famille.

Pourtant, peut-être bien que ces jours-là, certains auraient préféré pouvoir prendre du temps pour expliquer aux décideurs les indignités de leur métier ou pour relayer un collègue encore plus au bout du rouleau qu’eux.

Mais non, il fallait être « au rendez-vous », pour vous et pour tous les autres ; pour tous ceux pris en charge ces jours-là et qui ne sauront jamais rien de la dégradation des conditions de travail et de vie de leurs sauveurs ; certainement parce que ça fait aussi partie des compétences des soignants, aujourd’hui, que de le cacher aux patients.

Alors peut-être vaut-il mieux « vomir sur les pouvoirs publics » comme le font les lanceurs d’alertes avant qu’il ne soit définitivement trop tard, plutôt que de se torcher avec les services publics comme le fait l’actuel gouvernement, dans la droite continuation de ceux d’avant.


6. mardi 9 novembre 2021 à 06:26, par Renée

P. Delion indigné, une fois de plus !

"SVP arrêtez de vomir sur les pouvoirs publics" Merci, Michel, de ne pas confondre POUVOIRS publics et agents des SERVICES publics. Ce sont les agents des SERVICES qui ont assuré, malgré les conditions plus qu’à la limite du supportable imposées par les détenteurs des POUVOIRS publics, la prise en charge de votre proche. C’est de la défense de ces agents et du bon fonctionnement de leurs services, dans notre intérêt à tous, et donc des carences volontaires des POUVOIRS publics qu’il est question ici.


7. mardi 9 novembre 2021 à 13:34, par Anita

P. Delion indigné, une fois de plus !

Il est difficile pour un patient très gravement atteint de pouvoir évaluer à leur juste valeur les conditions de travail des équipes qui le soignent.
C’est tout juste possible quand on est soignant soi-même mais dans le cas contraire j’aimerais seulement que les personnes n’y connaissant rien se dispensent de juger ceux qui demandent une évolution de la prise en compte de leurs difficultés.


8. mardi 9 novembre 2021 à 13:40, par D Bourquin

P. Delion indigné, une fois de plus !

Combien de greffes d’organes reportées fautes de lits et de praticiens hospitaliers ? ( 15 000 personnes sont en attente d’une greffe de reins alors que c’est l’organe le plus facile à récupérer)
Celui qui a été soigné devrait penser à celui qui meurt faute de soins !


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