« Anita, de Groix »

"Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire"

La petite séduction

Publié le 19 décembre 2021 à 20:09

De Martine Netter

Vendredi denier, Le Fifig et Cinéf’îles se sont réunis pour proposer au Cinéma des Familles « La grande séduction », film traitant du douloureux problème qui nous préoccupe tous en ce moment « le désert médical ». La projection fut suivie d’un débat avec les professionnels de santé.
Ce film jubilatoire nous a effectivement séduits, nous laissant penser pendant une heure et demi qu’un jeune médecin pouvait venir s’installer dans une île presque déserte : on imaginait déjà un médecin sympathique, accompagné d’une jeune femme charmante et d’enfants enjoués qui iraient à l’école… Et que l’on pourrait parfois rencontrer sans être malade. Mais nous ne sommes pas au Canada et nous abordons l’année 2022.

Alors les professionnels de santé nous ont tout expliqué :
A Groix, il faut quatre médecins, alors pourquoi vouloir en accueillir un à demeure ? Pourquoi prévoir un logement pour une famille alors qu’il y a deux studios à la Maison médicale prévus pour eux quand ils sont de garde ? Et que ferait la femme de ce médecin, prendre le bateau matin et soir pour aller à Lorient ? Et quelle est la différence pour un médecin d’habiter sur l’île ou sur le continent ? Car il ne faut pas oublier qu’un médecin ne vient pas à Groix pour aller à la pêche !

Il faut donc nous rendre à l’évidence, le mieux pour nous ce sera ça : quatre médecins interchangeables qui accepteront de se partager les rendez-vous des malades, les urgences et les gardes, qui prendront le premier bateau, qui troqueront leur manteau contre une blouse blanche, et qui exerceront chaque jour leur beau métier, mais qui devront faire en sorte de ne pas rater le bateau de 17h30. Et au cas où l’un d’eux ferait défaut, il y aura des remplaçants.

Et quand on demande s’il y a eu des candidatures, on nous dit que oui, mais qu’elles ne conviennent pas. Dommage, personne n’a demandé pourquoi. On nous a dit aussi qu’il y avait eu des demandes de médecins étrangers, mais quand même on n’en est pas là…

Donc voilà, c’est fini, le médecin qui savait tout de son patient, qui partageait avec lui sa vie familiale, ses peurs et ses espoirs, qui était son confident, ne sera plus qu’un robot efficace et savant. De l’humaniste nous passons au technocrate.

Martine Netter

Commentaires :

1. dimanche 19 décembre 2021 à 20:202021-12-19T19:20:08Z, par Anita

La petite séduction

eh oui, Martine... Il y a peu nous étions 6 millions dans ce cas, bientôt 10 millions ?
Prévoir aussi la privatisation des hôpitaux et sans doute de la sécurité sociale.
Et encore, nous avons la chance ici d’avoir une belle association de professionnels de santé dont le président se démène comme un beau diable et une maison pour les abriter !
Il manque peut-être un peu d’intelligence et de bonne volonté de certains patients : rendre responsables ceux qui assument la situation sans même faire l’effort de se tenir au courant des mesures prises pour y pallier me paraît le comble de l’égocentrisme !
JE RAPPELLE DONC : en l’absence d’un médecin sur l’île, appeler le 15 !!!!


2. lundi 20 décembre 2021 à 00:142021-12-19T23:14:47Z, par Je ne suis pas un numéro...

La petite séduction

...le 31...le 19...le 2...le 23...le 47...numéro complémentaire : le 112 !


3. lundi 20 décembre 2021 à 16:302021-12-20T15:30:07Z, par Chaillot

La petite séduction

Quand j’étais plus jeune, nous habitions à la campagne, dans la région Roannaise, si mes souvenirs sont bons il n’y avait que deux toubibs pour couvrir les monts du Roannais, le plus proche résidait à 15 kms d’où nous habitions et je peux vous dire qu’il se déplaçait à n’importe quelle heure et par n’importe quel temps de la journée dès quelqu’un l’appelait et à l’époque les routes n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui et sa vieille 203 toujours prête à partir, s’il passait un peu tard, mes parents le gardait à souper ce que faisait beaucoup de famille, maintenant j’ai l’impression qu’ils rechigne à s ’installer à la campagne ou alors pas trop loin, je croyais que dans les premieres années de fonction ils devaient prendre les postes qui leur étaient proposés


4. mardi 21 décembre 2021 à 00:362021-12-20T23:36:07Z

La petite séduction

a Chaillot : depuis votre jeunesse les temps ont bien changé ; le médecin de campagne , parfois un peu notable mais complètement dévoué a ses patients ( et non pas a sa clientèle ) , vivant presque un sacerdoce et ce comme ceux que nous avons connu a GX , a presque complètement disparu des écrans radar .Le médecin du xxi eme siècle veut une vie professionnelle normale qui n’interfère pas trop avec sa vie familiale et souhaite un cadre de vie plutot urbain que rural très souvent a cause de la profession de son épouse et pour les études des enfants (qui doivent avoir la meme réussite professionnelle que leur père ! ) ; mais néanmoins ces nouveaux toubibs sont tout aussi compétant et mettent tout en oeuvre pour la bonne santé de leurs malades .Ces considérations ont déja été traitées par Anita , jvk -PS la féminisation importante de la profession ( a la fin des 2 années de pré-sélection , le taux de réussite des femmes est + important ) peut peut etre aussi expliquer cette situation car elle ne sont pas très enthousiastes pour les gardes de nuit et du dimanche . Il y a exactement le meme pb pour les vétos qui commencent a manquer cruellement en campagne alors que les femmes vétos abondent en ville pour soigner les"toutous a sa mémère" .


5. mardi 21 décembre 2021 à 08:352021-12-21T07:35:19Z, par Anita

La petite séduction

Non Jean Paul, aucune obligation d’installation et leur lobby a même obtenu la suppression de l’obligation de faire des gardes !
Par contre, on peut très bien comprendre que lorsque la durée du travail est en général de 35 heures/semaine, ils n’aient pas envie d’en faire 70 !!
Hervé Lunet qui a accepté malgré ses obligations de faire trois semaines de remplacement sur Groix était éreinté après ses journées de 12 à 14 heures.
Ton médecin avait sans doute une "femme au foyer" ancien modèle pour s’occuper des enfants et l’attendre avec la soupe sur le feu !


6. mardi 21 décembre 2021 à 18:152021-12-21T17:15:21Z, par thierry

La petite séduction

Non, Anita, il est faux de dire que les médecins généralistes ne font plus de garde grâce à je ne sais quel lobbying... je suis médecin de famille et de campagne (Ste hermine en Vendée) et ça fait 32 ans que je fait des nuits, des WE et des fériés de garde ; comme tous mes confères du département (pour les autres je ne sais pas), sauf pour ceux exemptés par le conseil de l’ordre, pour motifs de santé très contrôlé...


7. mardi 21 décembre 2021 à 20:082021-12-21T19:08:26Z, par Anita

La petite séduction

Je compatis, vous devez être très fatigué... j’ai seulement écrit que ""l’obligation de faire des gardes" est supprimée (info lue encore récemment dans un journal de médecins)
A Groix aussi, les médecins présents jusqu"au 1er juillet ont toujours assuré leurs gardes (ce qui n’est pas le cas dans le quartier parisien populaire que je connais). Il me semble d’ailleurs que cette suppression d’obligation a permis la création de "Médecins de nuit".


8. mercredi 22 décembre 2021 à 16:202021-12-22T15:20:59Z

La petite séduction

Thierry . Vous etes ce que j’ai appelé(N°4) un médecin de campagne ( dénommé "médecin de famille" en ville") et ce terme n’est pas péjoratif pour moi ; il est pas sure ,a votre retraite , que votre commune vous trouve un remplaçant avec les memes pratiques . A Nantes les médecins référents ( de + en + des doctoresses ) n’assurent plus les gardes de nuit et du we . Nous avons la chance d’avoir "SOS-médecin" , service efficace et de grandes compétences, qui remplit ce role ; malheureusement peu de villes en disposent. jvk


9. mercredi 22 décembre 2021 à 19:302021-12-22T18:30:15Z

La petite séduction

Lorsque j’exerçais comme infirmier libéral en binôme avec ma collègue, nous étions "de garde" toutes les nuits lorsque elle ou moi étions de service chacun à notre tour.Le métier en libéral exige une continuité des soins 7jours sur 7 et 365 jours de l’année.

Bien sûr, nous ne sommes pas dérangé tous les soir et lorsque cela arrive, le plus souvent c’est pour un décès.

Tout comme le métier d’infirmier, celui de médecin a ses contraintes, les dimanches, les jours fériés, les nuits. Si on n’a pas ces notions de services à la personne en tête, il vaut mieux effectivement ne pas s’orienter à exercer la profession en milieu rural.

Comme il est dit plus haut, l’exercice en ville propose des structures urgentistes qui peuvent prendre le relais.

Jusqu’à une certaine époque, Groix avait 3 médecins et j’ai le souvenir que ça fonctionnait bien et quand je lis que hors saison, les chiffres d’affaires seraient moindres (car en libéral on parle bien en chiffre d’affaires...) je ne pense pas qu’ils auraient persisté à travailler au bas mot 30 ans.
Je pense que la carte vitale a encore de beaux jours sur l’île.

On pourrait aussi imaginer l’installation d’infirmière ou d’infirmier en pratique avancée qui après une spécialisation poussée avec comme bagage une maîtrise de clinicien (ne) ont l’autorité à prescrire et donc de prendre en charge des consultations pour des renouvellements de traitement.

Pour le moment en France, la pratique est peu développée.
Jean-Michel


10. mercredi 29 décembre 2021 à 08:362021-12-29T07:36:32Z, par Anita

La petite séduction

"Seuls 39% des généralistes font des gardes" : Frédéric Valletoux veut rétablir la permanence des soins obligatoire 58
A cinq mois de l’élection présidentielle, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) plaide pour l’organisation d’un "pacte d’accès aux soins pour tous et à toute heure"
L Claereboudt egora


11. samedi 1er janvier 2022 à 15:282022-01-01T14:28:47Z, par Anita

La petite séduction

Jeune généraliste, j’ai déplaqué au bout d’un an et demi

S’installer, c’est devoir faire face à des charges énormes : le remboursement du prêt pour l’installation, l’achat du matériel, le loyer professionnel. Ce à quoi s’ajoutent mon prêt étudiant, le loyer de mon habitation, mais aussi les impôts, l’Urssaf, la Carmf, l’assurance du local, Doctolib… À un moment donné, je me suis rendu compte que si je voulais bien gagner ma vie, il fallait que j’augmente la cadence. Moi qui avais commencé par faire des consultations de vingt minutes, je suis passée à quinze, parce que je voyais que financièrement, ça ne suffisait pas. J’ai calculé qu’après dix ans d’études, pour bien m’en sortir économiquement, pour pouvoir mettre des sous de côté, il fallait que je voie au moins trente patients par jour.

P ; Machard egora 30-06-21


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