« Anita, de Groix »

"Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire"

Un écomusée moribond.

Publié le 27 mars 2019 à 08:37

LES HABITS DE PAYSANNES (1ère partie)

Jupe 1850

Non loin des quais de Port Tudy sommeille une étrange bâtisse, tapie
comme un gros chat sur le bord de la route. Silencieuse et morne durant la journée, elle bruisse de mille murmures une fois la nuit venue. Elle
conserve jalousement au coeur de ses réserves poussiéreuses tous les
trésors de la culture groisillonne.

Mais depuis plusieurs semaines, la vieille bâtisse bourdonne comme une
ruche. Les chuchotements se propagent de vitrines en vitrines :

"T’as pas su ?"

- "Dame non, j’ai pas rien su..."

La rumeur enfle et gagne les réserves. Dans les boîtes de rangements, un friselis parcourt les longues feuilles de papier de soie. Les camisoles de satin garnies de velours bordé de "drein pesk" palpitent dans leur
logement. Les jupes à balayeuses ne tiennent plus en place, impatientes
comme des enfants.

"Les tabliers sont déjà sortis. Ce sera notre tour bientôt !"

Sur les mannequins, lesdits tabliers se défroissent et s’épanouissent
doucement, belles fleurs aux couleurs chatoyantes. Les manchettes de tulle brodé trépignent dans leurs boites tandis que les légères coiffes
blanches, empesées d’un glacis d’amidon et de borate, attendent sagement de prendre leur envol.

Un délicat tablier, orné de chrysanthèmes de velours grenat et safran,
se lamente : "reverrai-je ma famille ? Cela fait si longtemps, peut-être
m’ont-ils oublié ?"

Un tablier de petit dimanche, modeste et chic cependant, se veut rassurant : "nos cousins viendront nous voir bien sûr ! Depuis plus de vingt ans que nous sommes enfermés, le temps a dû leur paraitre long à eux aussi !"

Un joli tablier de panne de velours bleu ciel ornée de roses jaunes
discute à mi-voix avec un cousin commerçant , à petits carreaux crème
et bleu : " j’attends ce moment depuis si longtemps !"

- "Et moi donc..." soupire le cousin

Un mannequin en habits de travail contemple avec ravissement les
sabots-claques déposés à ses pieds : " j’avais les mêmes à la
maison... Avec des chaussons de feutre noir !"

Un peu à l’écart sommeille la doyenne de la future exposition. C’est une
jupe ancienne de 1850, cent fois rapiécée, mille fois raccommodée.
Taillée dans une étoffe sergée d’un beau bleu assez vif, elle est
presque entièrement couverte de "pessells". Elle date de l’époque où les
groisillonnes portaient jupe bleue et camisole rouge (et l’inverse tout
aussi bien). A elle seule, elle raconte toute la misère et le courage des
femmes de Groix. Elle est fatiguée, usée. Elle se repose. Ses descendants viendront, elle en est sûre. Ils habitent Locmaria, ce n’est pas si loin.

Il était temps de rendre hommage à ceux qu’on appelait "les habits de
paysanne" (qu’ils soient faits de soie, de velours ou de coton) par
opposition à la "mode de ville" où les femmes portaient chapeaux et
parfois même s’en allaient "en cheveux".

Ce sera du 15 juin au 30 septembre à l’écomusée.

j’ajoute la signature que la modeste Zabeth a "omise"

Elizabeth Mahé , présidente du Cercle Celtique.

Commentaires :

1. mercredi 27 mars 2019 à 08:442019-03-27T07:44:18Z

Un écomusée moribond.

Grand merci Elizabeth

En osant te demander de m’écrire un texte sur le travail que réalisent quelques courageuses du Cercle Celtique à l’Ecomusée, je savais que je me régalerai à te lire comme à l’accoutumée mais je ne me doutais pas que j’en serais si émue. Imaginer une de mes aïeules en train de ravauder une pièce de vêtement comme celle que tu décris si bien m’a fait venir la larme à l’oeil.
Eh oui, elle pleure quelquefois la sévère observatrice du monde d’aujourd’hui...
AM


2. mercredi 27 mars 2019 à 08:582019-03-27T07:58:37Z

Un écomusée moribond.

Nous sommes au moins deux à avoir la larme à l’oeil. Ce travail à l’écomusée est très émouvant. Notre équipe très soudée (Nattia Kersaho, Christine Even, Bertrand Tonnerre et Alain Roupie) ne compte pas ses heures car celui qui supervise notre travail est impitoyable : jai nommé Jo Le Port, grand connaisseur du costume groisillon. Nous avons aussi l’aide de Jacques Bihan et Catherine Legoff.


3. mercredi 27 mars 2019 à 08:592019-03-27T07:59:23Z, par Lorraine

Un écomusée moribond.

Qu’il est beau ce texte ! Grace à vous j’ai été chamboulée, je les ai clairement vus, ces vêtements, dialoguer, rêver et espérer. Grâce à vos mots et votre émotion j’ai distinctement entendu parler les Groisillonnes qui les portaient, merci d’avoir rembobiné le temps avec grâce, j’ai hâte de voir cette expo. J’aime beaucoup l’Ecomusée, même dans son habit d’hier, et je l’aimerai encore plus dans sa nouvelle tenue. Merci Elizabeth. Merci Anita.


4. mercredi 27 mars 2019 à 09:282019-03-27T08:28:00Z, par Philippe Dagorne

Un écomusée moribond.

Bravo ! Puissiez-vous, enfin,redonner vie et rendre aux Groisillons ce magnifique outil confisqué depuis trop longtemps par une conservatrice peut-être intellectuellement brillante mais tout à fait inapte à occuper une telle fonction.


5. mercredi 27 mars 2019 à 09:342019-03-27T08:34:00Z, par Fabrice

Un écomusée moribond.

On a toujours su que tu avais un coeur de velours dans un carapace d’airain :-))
Bises à toi.
Fabrice


6. mercredi 27 mars 2019 à 12:262019-03-27T11:26:44Z, par Beudjull

Un écomusée moribond.

Et le bleu traditionnel des hommes, symbole d’humilité, de vaillance et de courage, ce bleu qui habillaient nos grand-pères de la couleur de la mer et qui, par "manque d’apparat" se voit remplacer par un kilt dont l’origine n’a jamais fait partie de notre culture. Pardonnez nous "Peupés". pardonnez nous, l’époque le veut ainsi : Vos enfant crache sur la simplicité.


7. mercredi 27 mars 2019 à 12:452019-03-27T11:45:38Z

Un écomusée moribond.

Mais qui t’a dit que le kilt figurerait dans les vêtements anciens ? L’Ecomusée (si tant est qu’il s’appelle toujours ainsi) possède des tenues traditionnelles de travail de nos peupés.
Et si le kilt devait y figurer (faudrait-il encore qu’un de ses propriétaires actuels en fasse don car au prix qu’il coûte...) il y figurerait au titre de l’actualité ce qu’un Ecomusée doit aussi en principe traiter.
Salut à toi
AM


8. mercredi 27 mars 2019 à 19:212019-03-27T18:21:23Z

Un écomusée moribond.

Bonsoir Beudjull, comme je suis à la fois membre du Cercle Celtique et du Kilt Groisillon, je me permets de vous répondre.

En ce moment à l’écomusée, je vois passer des merveilles de soie et de velours, des couleurs splendides et des broderies d’une finesse extrême mais en aucun cas elles ne font de l’ombre aux autres vêtements plus simples. Ces pièces de costumes sont là et je les admire mais la jupe bleue de 1850 (pour ne citer qu’elle) raconte une autre histoire : elle a été un bien précieux pour la femme qui la portait. Cette femme s’est même donné la peine de remplacer les fils de trame usés par du cordonnet noir. Elle a tout mon respect. Chaque vêtement porte une histoire, il faut savoir l’écouter.

Pour ce qui est du bleu de nos peupés (et oui, du mien aussi), ils le portaient fièrement mais, pour les noces, les hommes étaient en habits de ville ou bien, pour ceux qui étaient dans la marine nationale, en uniforme. Au Cercle Celtique, nous avons fait le choix du bleu de travail pour les hommes alors que les femmes sont en habits de fête. Historiquement parlant ce n’est pas très juste. Mais autant les filles du Cercle savent faire des jupes, des camisoles et des tabliers, autant un costume d’homme (pantalon, gilet et veste) est hors de leurs compétences. Quant à en acheter, nous n’en avons pas les moyens, hélas. J’espère que vous nous pardonnerez cette entorse à l’histoire.

Revenons au tartan de Groix. Les hommes qui l’ont crée y ont mis toute la passion qu’ils portent à cette Île. Je trouve le résultat magnifique et je serai fière de porter la grande étole qu’on appelle le fly plaid (j’ai passé une partie de ma jeunesse en jupe plissée, je ferai donc l’impasse sur le kilt, merci bien). Ils ont osé créer quelque chose de nouveau, je les en félicite. De même que je félicite régulièrement par la pensée les premières filles de Groix qui ont osé porter la coiffe "hell" s’attirant probablement les réprimandes des uns et des autres. Mais n’est-ce pas désormais la marque des groisillonnes ?

Désolée d’avoir été un peu longue. D’autant que vous n’avez pas fini de me lire puisque nous en sommes à "Les habits de paysanne- 1ère partie". Ce qui implique une suite............................. Elizabeth Mahé


9. jeudi 28 mars 2019 à 18:532019-03-28T17:53:38Z, par APY

Un écomusée moribond.

Bravo et encore merci pour vos textes. Vous avez un don pour bien raconter ...

Vivement la suite.


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