« Anita, de Groix »

"Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire"

Carnet noir.

Publié le 19 octobre 2020 à 16:38

Por que te vas Ricardo ??

Photo Le Télégramme

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On ne s’habitue pas aux annonces de décès brutales même si les autres nous font ces temps-ci côtoyer trop souvent la mort.

Encore un homme au grand coeur qui part avant d’avoir pu offrir quelques réalisations artistiques et militantes de plus.

Groix se souviendra de son visage souriant que ne masquait pas son grand chapeau.

Certains se rappelleront aussi de ses petits livrets racontant des anecdotes à l’humour groisillon. Il m’avait demandé de publier celle qui est restée inédite et autorisée à publier les autres et j’ai suivi de plus ou moins près ses autres oeuvres. .

"Zone mortuaire" livre qui me l’a fait connaître, a été élaboré avec des chômeurs participants d’un atelier d’écriture lorientais, qui me l’a fait connaître.

Il travaillait aussi pour le théâtre et le cinéma. Il avait notamment accompagné les élèves du CIP pour parler de Robinson.

Il est également venu présenter deux de ses films choisis par Cinéf’îles et a animé une conférence pour l’Université populaire.

Je n’oublie pas sa présence aux fêtes de l’Huma Bretagne :
L’une en 2005 avec l’exposition présentée de l’anniversaire de la loi de séparation des églises et de l’état, Histoire et actualité de la laïcité.

L’autre en 2006, où il redisait, dans « 36, pas mort !", ce que furent les passions et les ferveurs du côté du peuple et son rêve du Front Populaire, la peur, la haine ou la rancoeur du côté des possédants.

Voici le beau texte que je pourrais me contenter de recopier. Il l’avait écrit pour rendre hommage à Yann Boterf.

" Yann, je te célèbre, je te pleure. Depuis le Chili. Ici, ceux qui te pleurent, crieraient : "YANN, PRESENTE, AHORA Y SIEMPRE. Venceremos ! "
Oui, nous vaincrons. Reviendront les Jours Heureux. Nous vaincrons, comme en 44. Nous gagnerons la Guerre que les derniers gouvernements et principalement l’actuel font au peuple, aux humbles, français ou non ; perdront. Il y aura une Libération, une nouvelle sécurité sociale, de nouvelles allocations familiales, de renationalisations, un service Public et populaire au service de tous français ou non. Nous vaincrons. Grâce à tes camarades et toi, et avant toi, Albert, Tu as fait de l’Ile de Groix un ilot de résistance. Comme l’ile l’a été quand les Nazis l’occupaient et y installaient un petit camp de concentration. Nous nous sommes peu connus. Mais je t’admire. Tu avais les cheveux blancs. Et les mains propres. Ricardo Montserrat, éternel amoureux de cette île.. "

Hasta siempre, camarades !

Nous prions ses proches d’accepter nos sincères condoléances.

Commentaires :

1. lundi 19 octobre 2020 à 18:28

Carnet noir.

Présentation de Ricardo et En E Enkou : la légende de la mort en Bretagne pour remonter la mémoire de la guerre et des camps

Il y a des écrits, pour chacun de nous, qui sont des croisements.

Même publiés, ils restent des ateliers, des points focaux, c’est par eux qu’on doit repasser pour avancer. Ou alors, c’est qu’ils cristallisent une figure originelle, inépuisable, qui est aussi la grille des nouveaux départs.

Ricardo Montserrat est né en Bretagne, de parents antifascistes catalans. Au Chili, sous la dictature de Pinochet, Montserrat retrouve la langue et les combats qui avaient mené son père en Bretagne. Il le fait par le théâtre. C’est armé de la sorte qu’il revient en 1992.

Au sortir de sa traversée chilienne, il lui était possible d’appréhender l’autre guerre, celle qui avait mené son père dans les camps, le même camp dont un de ses oncles ne reviendra pas.

Et pour appréhender le lieu de mort, c’est à la Bretagne, pour lui natale, qu’il demande les clés : les légendes bretonnes vont lui donner cette force. C’est l’Île de Groix et ses légendes d’Atlantide, c’est l’Enkou, intercesseur de la mort.

Quand il quitte le Chili en dictature pour s’installer en Bretagne, il rencontre une autre histoire : celle qui avait poussé son père à fuir le nazisme.

Alors voici un étrange triangle : l’appropriation de la langue, la nôtre, en s’inscrivant dans un territoire, la Bretagne, va aborder la guerre, et ce qu’elle porte de mort.

En E Enkou (Entre la mort) traverse la Seconde guerre mondiale. Aziliz, publié en 1996 par L’Atalante, traversait de la même façon la Première.

Et c’est peut-être ici que commence l’autre atelier, l’atelier de l’écrivain : à douze ans de distance, on a fait chemin dans l’écriture, dans l’expérience intérieure. Le livre reste présent, il vous a donné accès à ce chemin. Alors on peut le reprendre, l’épurer, aller avec lui à ses limites.

En E Enkou c’est aussi une réflexion sur le livre, l’écriture, la mémoire (et, pour l’écriture, le rapport aussi au conte, à l’oral, aux légendes – tout comme de l’univers de la mort à l’univers des fous la frontières est parfois poreuse). Le territoire de l’Île n’est pas seulement Groix en guerre, mais le symbole de toutes les Îles.

On sait le chemin que Ricardo Montserrat a fait, en France, pendant ces 12 ans : romans collectifs initiés avec des chômeurs de Lorient (Zone mortuaire), La femme jetable avec des salariées d’Auchan Le Havre, ou Ne crie pas avec des ouvriers licenciés de Roubaix, ou No woman’s land avec des demandeurs d’asile en Belgique. Ce continent d’une autre oeuvre, une Å“uvre témoignage, où l’écrivain est nomade, repart ensuite vers d’autres lieux de ces frictions (un type à chapeau qui vous réveille en vous secouant l’épaule dans le train et ensuite on parle pendant trois heures : à chaque fois, ça ne peut être que Ricardo Montserrat !).

Publie-net


2. mercredi 21 octobre 2020 à 04:45

Carnet noir.

Et c est toi qui m’a permis d ’écrire...tu disais tout le monde peut raconter une histoire ou son histoire..
Adieu Ricardo...et je n oublierais jamais pourquoi tu portais un chapeau.
Tu me disais quand tu l a on ne remarque que toi...quand tu l enlève tu te noies dans l anonymat...
Le 30 août j ai mis un point final à mon premier manuscrit...et bien entendu je t y avais consacré une place...
Tu peux à présent te reposer...car tes combats ne connaissaient pas de répit.
Adieu mon camarade.. j ai le coeur lourd ce soir...
Régine


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