« Anita, de Groix »

"Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire"

Ouvrière à la conserverie

Publié le 9 janvier à 12:31

Témoignage

3ème épisode (extrait) B. Corne - Gavroche (revue d’histoire populaire ) N°11 1989 -

L’ambiance des ateliers
Ecoutez, on commençait, toute jeune, par frotter les boîtes. Moi, j’ai gratté, j’ai emboîté et, après, je suis allée aux machines servir les sertisseurs. Il fallait savoir emboîter parce qu’on faisait du bon travail chez Dandicol. Est-ce qu’on obligeait les gratteuses à se laver les mains ? On venait avec les mains propres, on les lavait en sortant, parce que si on avait été sale, on n’allait pas à l’emboîtage. Il n’y avait pas de lavabos comme maintenant, il y avait une pompe dans la cour. Les huileuses, celles qui étaient à la machine, avaient un tablier en toile cirée avec une piécette (sorte de bavette) pour ne pas se mouiller. C’était l’usine qui fournissait. Les autres, les emboîteuses, les gratteuses, nous-mêmes (j’étais souvent aux bouillottes, moi, j’avais pas de tablier), chacune apportait son tablier de la maison pour ne pas salir celui du dessous. Les hommes qui cuisaient le thon avaient aussi de grands tabliers bleus.
Il y avait une contre-maîtresse qui veillait sur les emboîteuses et les gratteuses. Elle ne faisait que ça toute la journée. Elle nous criait après : "qu’est-ce que tu fais là. toi ? Tu globes la lune ? " Combien de fois j’ai entendu ça ! On n’est pas payé à rien faire, hein ? Et pourtant, comme je vous le dis, on n’était pas plus payé à minuit qu’à midi... La gérante était-elle bien vue par les ouvriers ? Assez, oui. J’étais bien avec elle... Je n’ai jamais entendu parler de syndicat en ce temps-là. On a quitté l’île en 1932.
Y avait un bonhomme qui coupait le thon, y avait les ferblantiers, trois ou quatre, les sertisseurs, ils étaient quatre. Ils n’étaient pas de l’île de Groix et avaient été blessés car autrement. ici. tout le monde faisait marin. L’un d’eux qui coupait le thon avait eu la jambe coupée. C’était un ancien marin. Il habitait Kerlar et venait à pied. Les hommes venaient à l’usine quand ils avaient leur retraite de marin. Ils ne chantaient pas beaucoup, un petit peu comme ça, quelquefois, quand ils venaient faire un tour dans la cour, ils racontaient une blague... Mais à leur travail, jamais, ni aux machines non plus. Ailleurs, on chantait, à table, mais aux machines, non.
A la table de travail de Locmaria, il y avait au moins 200 personnes. On se chicanait souvent. "Ce sont les filles du bourg..." chantaient les emboîteuses. Moi, j’étais pas beaucoup à table parce que quand j’ai vieilli, j’étais postée tout le temps ; alors, j’étais à l’autre bout de l’usine du côté de la cour, On chantait. Au bourg, on ne chantait pas beaucoup en Breton. C’étaient plutôt des chansons à la mode de l’époque. Ma grand-mère savait des chansons en breton, mais je ne les apprenais pas. je ne savais pas beaucoup le breton. J’ai tout oublié et pourtant, je savais plus de cinquante chansons.
Quand j’allais chez ma tante, à Lorient, j’allais à la messe à St-Louis. Il y avait des chanteurs sur la place quand on sortait de l’église. On jouait de l’accordéon, quelquefois du violon, on chantait toujours en français.
Le thon était expédié à Bordeaux. Nous, on mangeait uniquement les boîtes qui étaient perdues, celles qui se bombaient ou qui avaient été mal soudées. Mam’zelle Fine nous les donnait. Elles étaient mangeables quand on les mangeait tout de suite (!). Il ne fallait pas attendre.

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