Les dés sont jetés !

À un mois de la mise à l’eau, il faut bien poser les marteaux et prendre le temps d’informer ceux qui nous soutiennent. Nos excuses pour ce passage à vide du bulletin, Biche va bien, Biche est beau, Biche est entouré, choyé, équipé, armé, lesté, gréé, Biche va retrouver ses eaux natales et il est difficile de rendre par écrit l’élan, l’adhésion, le dévouement et parfois même les tensions qui traversent les équipes de bénévoles sans lesquels nous aurions baissé pavillon depuis longtemps.

Ainsi donc, pendant que les compagnons du Guip se focalisaient sur la finition de la coque, sur la réalisation des divers taquets et accastillages forgés sur mesure, les Amis du Biche ont pris en main la peinture, le gréement, la pose du lest et la forge de l’accastillage du mat de tape-cul.

Issus de recherches scientifiques envasées, les pitons, frettes et mailles ont été répliqués par Armel et Éric après des fouilles odorantes dans les vestiges des plus jeunes épaves du Blavet.
Après quelques séances d’essais, les premières ferrures agréées ont suscité une véritable émotion primitive : côtoyer ainsi la maîtrise du feu et du fer entrouvre les portes des maîtres de forge, sur leur monde de mystère et de pouvoir.
La forge a aussi permis aux charpentiers du Guip de battre à leur main des fers à calfat en forme et quantité nécessaire. Prés d’un kilomètre de bitord, cordelette de chanvre imprégnée de goudron de Norvège, a été forcé dans les coutures de bordé pour garantir l’étanchéité de la coque, avant jointoiement traditionnel au mastic à l’huile de lin.

Moins gratifiantes, les heures passées à poncer les barrots et le pont, puis les membrures et bordés, dans des positions d’acrobates et de mineurs de fond, par des températures empêchant parfois de peindre, ont tout de même été récompensées par la belle ambiance qui s’est développée dans l’équipe des peintres, et par le résultat. Tout ce qui pouvait l’être a reçu sa protection, même la mature et la drôme.
Aujourd’hui freinée par les travaux de finition, l’équipe démonte une à une les poulies pour en peindre les ferrures et les caisses, opération indispensable pour garantir leur longévité.

La même équipe, habituée à crapahuter dans les fonds, s’est emparée des tonnes de plomb fondu avec abnégation par Pascal en poires d’un kilo et demi, pour les serrer sous la carlingue et former le lest fixe du bateau, noyé dans un mortier de sable, de chaux et de ciment. Hormis les mailles libérées pour accueillir les pompes de cale, aucun déchet ne pourra stagner dans les fonds.

À une centaine de mètres du chantier, le gréement a trouvé abri dans un local loué à AOS. L’association a embauché deux charpentiers afin de terminer le façonnage des rondins bruts livrés par l’entreprise Gautier, que le film de Gilbert nous a fait découvrir. Le reportage accessible à partir de notre site est remarquable, tout autant que le travail réalisé à long traits de rabot et d’abrasifs.
Dans le même temps, Daniel et ses amis boscos du Belem ont réalisé la partie haute du haubanage. Exécution parfaite, cela va sans dire, à laquelle Charlie et quelques autres se sont joints. À ce jour, tout le gréement est ferré, gréé. Un matage à blanc sera très prochainement effectué (en principe le 1er juin) pour régler la position des cap de moutons inférieurs dont le moindre désalignement serait pour les boscos un déshonneur.

Pendant que les "petites mains" s’activaient, les "cerveaux" fulminaient, entre choix techniques, homologation et programmation. Chaque détail a été dessiné et positionné par Jean-Claude, sans les plans duquel aucune organisation n’était possible. Les fichiers de plans de forme, repris par Dominique, lui ont permis de positionner les moteurs et d’estimer avec exactitude leur emprise et le passage des arbres d’hélice dans la coque, et de fournir aux mécaniciens leur base de travail. Le bâti moteur ajusté aux membrures est actuellement en galvanisation, les massifs de tube étambots bientôt percés.

Sous pression devant l’échéance, les compagnons du Guip redoublent d’efforts, donnant même de leur temps libre pour poser les ferrures sur le grand mat. La louve, ou citerne, dans laquelle pivote la mèche de gouvernail, est fermée, le gouvernail sera mis en chantier dans quelques jours. À l’intérieur, ils construisent les deux cloisons étanches que nous imposent l’homologation et le besoin de s’affranchir le mieux possible des risques de la navigation. Leur rigidité calculée contribuera à la structure du bateau, de la même manière que les cloisons de cale originelles.

La mise à l’eau est prévue pour le 22 juin. À l’évidence, étanche, sûr, gréé et motorisé. L’intérieur sera terminé plus tard, notre objectif étant désormais de vous offrir cet été la réalité navigante du dernier thonier dundée de l’Atlantique.