Précisions de Régis Leclercq

Sur le site « Iles et rias », le fan club de l’actuelle conservatrice de l’écomusée se mobilise. Et, en cette presque veille du 11 septembre, qui vit le coup d’Etat de Pinochet et la mort d’Allende, un vers de la chanson « Camarade Chili » me remonte en mémoire. Oui, une fois de plus, « les donneurs de leçons lessivent leurs consciences ». Ils nous enseignent l’art du projet scientifique et culturel des Musées de France, et leurs oublis, leurs silences sont plus parlants encore que leurs paroles.

En 2007, la Direction des Musées de France du Ministère de la Culture (en raccourci, DMF) a publié des fiches méthodologiques pour aider les conservateurs à établir un projet scientifique et culturel (en raccourci, PSC). Ces fiches sont consultables par tout un chacun sur internet (http://www.museodirect.com/gammes/vitrine-table/annexes/vitrine-table-dmf-psc.pdf)

Elles comportent un tableau en 3 colonnes :
- colonne de gauche : état des lieux, bilan de l’existant
- colonne de droite : projet
. et entre les deux, pour passer de l’un à l’autre, colonne centrale : évaluation critique, diagnostic critique et lucide (la situation est-elle satisfaisante ou non ? Quels sont les dysfonctionnements observés, les réussites, les échecs ? Quels sont les ressources, les points forts et les faiblesses, en interne ?)

Tel est l’objet de l’une des omissions du rédacteur d’ »Iles et rias »

En effet, cette évaluation critique de l’état des lieux ne peut être faite par l’auteur de l’état des lieux. On ne peut être tout à la fois juge et partie.

C’est pourquoi, la fiche de la DMF insiste sur le fait que l’élaboration du PSC est nécessairement « une démarche itérative ». On y trouve entre autres : "Le PSC relève de la responsabilité du chef d’établissement, mais il ne s’élabore pas dans la solitude (...) Un PSC réussi repose sur une large consultation, qui garantit la faisabilité du projet et l’adhésion de tous (...)"

"Réfléchir et consulter - Outre les équipes du musée, consulter les partenaires existants ou potentiels, ainsi que des experts. L’élaboration d’un PSC est le moment idéal pour créer ou consolider des partenariats. »
Tel est l’objet de la seconde omission.

La troisième omission concerne la place et le rôle du Conseil municipal, dès lors que le musée est communal, ce qui est le cas chez nous.

Le rédacteur d’ »Iles et rias » écrit : « Il (le PSC) sera obligatoirement validé par la collectivité locale ». Je me suis longtemps gratté la tête pour trouver la signification de cette formule. Est-ce à dire que le Conseil municipal est « obligé » d’approuver le PSC tel qu’il lui est soumis ? Simple chambre d’enregistrement d’un projet tout bouclé par la conservatrice ?

On peut en effet le penser, puisque la suite du texte ne fait plus allusion qu’aux étapes de la validation par l’Etat.

Ou est-ce à dire que la conservatrice est « obligée » de demander la validation de « son » projet par la collectivité dont elle est la salariée ?

Hé bien oui, le Conseil municipal a son mot à dire ! Sous le titre : « Validation du PSC par la tutelle «, la DMF préconise : « Il est recommandé que cette validation prenne la forme d’une approbation du document par l’assemblée délibérante ».

Ingroyable consigne pour celle qui ne reconnaît qu’une seule tutelle, le Ministère de la Culture !

Le fait est qu’elle ne considère l’éco-musée de Groix que comme un Musée de France, passant aux oubliettes de l’histoire toute la chaleur humaine contenue dans le préfixe « éco ». Pourtant, la Direction des Musées de France considère que l’identité d’un musée peut reposer sur « la cordialité de l’accueil », « c’est tout ce qui permet de qualifier un musée, de dire s’il est prestigieux, original, savant, beau, inventif, chaleureux ... »

Les employés de l’écomusée, les bénévoles du FIFIG venus chercher l’exposition de photos de Tersikel, les reporters de télé, tant de stagiaires et de gens comme vous et moi, vous en parleront à satiété !

Non, « son » musée n’est pas le nôtre ! L’identification de l’écomusée et de la conservatrice, dont témoigne encore « Iles et rias », cette confusion permanente qui fait d’un service public et d’une aventure humaine un patrimoine privé, est d’autant plus étonnante que l’exposition permanente présentée est toujours celle mise en place par Françoise Pinard. A peu de choses près : d’intéressants panneaux explicatifs ont en effet disparu pour laisser place aux photos des derniers donateurs. Ce qui n’empêche pas la société des amis de l’écomusée de critiquer, dans sa dernière lettre, le travail effectué dans les années 1980 !

L’évolution la plus notable de l’écomusée est sans doute la pose du verrou sur le bureau de la conservatrice, où se trouve ainsi enfermé le fax indispensable au personnel. Mais on ne se méfie jamais assez !

Cette appropriation de l’éco-musée - qui est aussi confiscation - a assez duré. L’élaboration du projet scientifique et culturel est l’occasion idéale d’abattre les murailles dressées depuis 22 ans, et nous demandons à la Municipalité d’instaurer un large débat public sur ce qui constitue le fondement du projet : quel est le rôle du musée dans son environnement ?

ETC