Texte publié sur le site municipal.
Mes commentaires demain

En préambule, je voudrais vous transmette tout le regret de notre députée Françoise Olivier Coupeau de ne pouvoir être parmi nous aujourd’hui.
Beaucoup d’entre vous me demandent de ses nouvelles. Elle très combative pour elle, mais aussi pour assurer le mandat que vous lui avez confié. Le courage dont elle fait preuve au quotidien est, pour nous tous, une leçon de vie.

Que dire de cette année d’entrée dans l’année 2011 qui semble inspirer plutôt des craintes que des espérances ? Plusieurs constatations sont effectivement inquiétantes : depuis 2008, année du sauvetage des banques, nos dirigeants politiques n’ont pas relevé la tête face aux pressions de la finance. Ce qui aurait pu redonner confiance aux citoyens a malheureusement laissé la place à des décisions sensées rétablir la confiance des marchés. Or ces décisions, nous le voyons bien, ne vont pas du tout dans le même sens.
La confiance des citoyens dans le pacte démocratique et social est ébranlée à juste raison : moins de solidarité entre les générations (la réforme des retraites) les classes sociales et les pays du Sud. Moins de services publics et moins d’état selon la fameuse maxime de Reagan « l’état n’est pas la solution mais le problème », plus d’inégalités et d’éloignement entre les décideurs d’en haut et le pays d’en bas.
La Tunisie, pays éduqué, doté d’une économie moderne, victime de la dictature d’une ou deux familles vient de faire sa révolution après 23 ans de dictature. Ce qui a mis le feu au poudre c’est le prix des matières premières, des céréales, du pétrole, que les états rechignent à réguler G20 après G20 échouent pour plaire à la finance internationale. Un dictateur Ben Ali, ami déclaré de chaque membre du G20 vient de tomber. Peut-être que la leçon va-t-elle porter : on ne méprise pas impunément les peuples. Internet, les satellites, les réseaux sociaux sont là pour révéler ce certains dirigeants veulent cacher en prenant le contrôle plus ou moins direct des médias. Ce qui se passe en Tunisie nous interpelle à plus d’un titre !
Revenons en France.
La RGPP et la nouvelle loi de finance réduisent au minimum nos marges de manoeuvre. Hier on demandait un ordinateur par poste de fonctionnaire, aujourd’hui on demande un poste devant chaque ordinateur.
Les grosses communes créent des services pour pallier aux carences de l’état et le petites font appel à des cabinets privés pour les mêmes raisons.
Les services de l’état, qui s’appelaient autrefois la DDE et que l’on appelle désormais la DDTM, faute de moyens et de personnels, n’assistent plus les communes dans ce qu’on appelle les maîtrises d’ouvrage c’est-à-dire le montage des dossiers techniques, juridiques et financiers et la surveillance technique des ouvrages. Les communes -surtout les petites- doivent donc faire appel à des entreprises privées car elles ne disposent pas des compétences suffisantes dans leurs services. Ajoutons à cela que la moindre dépense est soumise au code des marchés public, y compris bien sûr pour le choix de ces compétences désormais privatisées et vous aurez un petit aperçu de la masse de travail qu’il faut produire en amont de toute réalisation par une collectivité. Et cela demande du temps puisqu’il y a des délais de publications incompressibles et du temps aussi pour élaborer des cahiers des charges et de consultation…
Rien de surprenant donc qu’il faille la moitié d’un mandat ou plus pour les faire aboutir.

Il ne faut donc pas s’étonner non plus si les intercommunalités prennent de plus en plus d’importance, aidées en cela par les différentes lois de décentralisation et tout récemment par la nouvelle loi de finance qui attribue désormais aux EPCI les parts départementales des taxes d’habitation ainsi que les parts départementales et régionales des taxes foncières des propriétés non bâties. On peut dire que c’est la fin d’un monde. Que deviendrons les communes dans tout cela ?
Rassurez-vous, une commune comme Groix n’est pas prête à fermer boutique pour devenir, selon la caricature de certains, un simple bureau d’état-civil.
En plus des services administratifs surchargés pour les raisons que je viens d’évoquer, le travail ne manque pas dans les services techniques (bâtiments, voirie, espaces verts, espaces naturels avec chantier) nous devons aussi gérer et entretenir Port Tudy et il existe, du fait de notre insularité beaucoup de services extérieurs : Médiathèque, Enfance/jeunesse, Ecomusée, EHPAD, cantine, école. CCAS aides à domicile. Sur le continent beaucoup de communes mutualisent ces services qui leur coûte donc moins cher.

Le 11 décembre dernier, le Conseil Communautaire a décidé de modifier ses statuts afin de permettre la prise de compétence eau et assainissement de Cap l’Orient. Il appartient maintenant à chacune des 19 communes dans un délai de 3 mois de délibérer pour ou contre cette prise de compétence.

Où en est actuellement la situation à Groix ?
L’eau : le barrage est ancien et doit subir des tests approfondis sur sa solidité. Le château d’eau a beaucoup vieilli, la filière eau n’est plus adaptée aux normes européennes et le contrôle de l’état nous l’a signifié par écrit. Les réseaux ont besoin d’un renouvellement, ce qui se traduit par un rendement en nette baisse.
L’assainissement : la station d’épuration du Gripp doit augmenter sa capacité hydraulique pour faire face au pic estival, et les capacités de stockage des cuves sont très proches de la limite.
L’épandage des boues pose un problème majeur car il est lié à la présence d’une agriculture sur l’île capable de les absorber, sur une surface de 120 ha en rotation triennale. Actuellement rien n’en assure la pérennité. Le dernier agriculteur conventionnel vient de stopper son activité et les autres agriculteurs ne sont pas preneurs. Donc soit nous trouvons une solution locale innovante compatible avec l’agriculture de l’île, soit nous exportons nos boues sur le continent.
Ajoutons que les forages s’accompagnent de périmètres de captages sur lesquels, bien sûr, tout épandage est interdit.
Jusqu’à ce jour Groix a bien géré son cycle de l’eau, avec toutefois des difficultés en été pour lesquelles nous n’avons plus de solution efficace au vu des nouvelles exigences réglementaires bien plus drastiques.

Si la commune a bénéficié d’aides pour la mise en place des outils nécessaires à une bonne qualité de l’eau, l’avenir reste incertain sur les différents points cités précédemment. La question est de savoir ce qui s’avèrera le plus rentable pour le consommateur et le plus respectueux pour l’environnement dans les années à venir : dépendre d’un SDE départemental qui aurait pris toutes les compétences production et distribution ou s’engager avec les 19 communes de Cap l’Orient pour un projet commun.
Si l’immense majorité des EPCI ont intégré ces compétences, ce n’est pas pour rien. Seule cette voie permet une véritable gestion globale et environnementale de l’eau à terme, incluant la gestion des eaux littorales dans notre cas précis, et celui des pollutions en amont, agricoles, industrielles, urbaines. Il y a une vraie logique à associer toutes ces compétences au plus près des communes concernées. Si en plus, à terme, le poids des 190 000 habitants permettait d’instaurer un vaste service public de l’eau dans la vérité des prix et des coûts, cette démarche aura du sens.
Comparaison n’est pas raison, mais comment aurions nous-pu instaurer le tri sélectif et éradiquer la décharge de Quehello si Cap l’Orient n’avait pas pris la compétence déchets ?

Dire que tout doit rester comme avant et que rien ne changera dans le statu quo est une illusion. Nous sommes tous poussé à plus d’effort dans la qualité de l’eau, dans les rendements, dans notre adaptation à des perturbations climatiques, dans le contrôle et la qualité des rejets. Sur la seule commune de Groix, les investissements nécessaires seront très importants. Nous avons tout intérêt à entrer dans un système de mutualisation qui nous coûtera forcément moins cher que si nous nous lancions seuls dans l’aventure. Beaucoup d’adaptations et de négociations sont possibles dans ce cadre. On peut envisager d’introduire une pondération sociale dans la facture d’eau comme le demande Lanester. Groix, avec les faibles revenus de ses habitants aurait sûrement à y gagner.

Nous avons donc trois mois pour en débattre et nous le ferons. Chaque élu aura l’occasion de s’exprimer en connaissance de cause et de prendre position. J’ai donné ma position actuelle et celle du bureau municipal. Nous fournirons à chacun les éléments d’aide à la décision dont il aura légitimement besoin. C’est une question politique au sens noble du terme, qui engage le futur et que nous devons traiter avec le sérieux nécessaire, sans vaines polémiques.

Je me permets de rappeler une fois encore que Cap l’Orient c’est nous. C’est un système démocratique qui fonctionne avec des élus qui sont des maires ou des adjoints des 19 communes qui constituent la communauté. La réforme territoriale prévoir leur élection au suffrage direct en 2014. Dans cette instance, la vice-présidence qui m’est confiée me donne la charge de l’Agenda 21 sur l’ensemble de son territoire. C’est-à-dire préparer l’adaptation aux changements futurs concernant l’énergie, le climat et les mutations économiques et écologiques inévitables. C’est aussi, dès maintenant, proposer les orientations politiques dans tous les domaines d’intervention du développement durable : économique, social et environnemental. Ce travail considérable qui mobilise tous les secteurs de la vie politique, économique et sociale du territoire est en voie de finalisation. Dans cette perspective je n’oublie évidemment pas nos problématiques insulaires au premier rang desquelles l’actualité porte les clapages. J’y reviendrai.
Il y a aussi l’avenir énergétique du territoire qui n’est pas une petite question.
L’électricité de demain, si l’on en croit AREVA et ERDF c’est simple comme une centrale nucléaire, tant qu’on peut aller se servir au Niger et ailleurs en uranium (Autre actualité brûlante). L’énergie du futur d’abord celle qu’on ne dépensera plus dans l’habitat ou les transports, c’est aussi l’énergie infiniment renouvelable de la mer et du vent dont la Bretagne ne manquera jamais. Avec un baril de pétrole qui recommence à frôler les 100 dollars on peut se demander si nous n’avons pas déjà trop tardé.

Le principe de l’installation d’éoliennes en mer dans le secteur Groix-Belle Île est à l’étude depuis une dizaine d’années. La mer étant restée un domaine stratégique contrôlé par l’Etat, les investisseurs n’ont pu mener, jusqu’à présent aucun projet de ce type pour deux principales raisons :
1) La zone de tire de l’ancien GERBAM, site d’essai de l’aéronavale est située dans ce secteur et le radar de Lann Bihoué serait perturbé par la présence d’éoliennes dans un rayon de plusieurs kilomètres (des éoliennes terrestres poseraient les mêmes problèmes).
2) Jusqu’à présent la technologie des éoliennes en mer (« offshore ») se limitait aux éoliennes plantées sur le fond marin. Les profondeurs techniquement atteignables étaient d’environ 40 mètres au maximum, fonds que l’on trouve relativement près des côtes.
De nouvelles technologies sont apparues utilisant des éoliennes flottantes, ancrées sur le fond comme un navire par de longs filins. Cette technique est très prometteuse car elle permet d’installer des éoliennes par des fonds de plus de cent mètres donc beaucoup plus éloignés des côtes et là où le vent est quasi permanent en Bretagne. L’éloignement oblige à relier la côte par des câbles électriques sous-marins beaucoup plus longs mais il génère beaucoup moins de conflits d’usage que sur le plateau continental (pêche et plaisance en particulier).
En 2009 sont lancées les concertations du « Grenelle de la Mer », en juillet de la même année est fait mention d’une « Plateforme Technologique Nationale des Energies Marines Renouvelables » par le Président de la République, et en décembre, le 1er Ministre désigne IFREMER pour coordonner à Brest, la plateforme des énergies marines. En septembre 2010 : « France Energie Marines » répond à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par l’Etat pour les « Instituts d’Excellence dans le domaine des énergies décarbonées ». Brest est évidemment candidat.
Plusieurs sites pour mener des essais d’éolien flottant sont alors proposés en
France : Ouessant, Audierne, Groix, Belle Île, Le Croisic et Fos-Sur-Mer. Le 4 janvier dernier l’Etat déclare mettre 14 millions d’euros sur la table lors d’une conférence de presse à Lorient. Etaient présents tous les élus et entreprises associées à cette étude pour la recherche d’un site d’essai d’éolien flottant. Le Président de Région, Jean Yves Le Drian, a rappelé comment le site de Groix pouvait s’inscrire dans la stratégie bretonne de déploiement des énergies marines avec les hydroliennes de Bréhat et Ouessant et l’éolien planté en baie de saint Brieux. Les représentants bretons ont été unanimes pour soutenir le site de Groix, situé à 6 milles marins au sud de l’île pour mettre en place entre un et trois « démonstrateurs ». Il est remarquable que la Préfecture Maritime semble soutenir ce site qui se trouve en dehors des zones de tir et de perturbation des radars de Lann Bihoué. Olivier Le Nezet, Président du Comité des Pêches de Lorient a émis un avis favorable et souligné toutes les opportunités techniques et financières du projet qui s’élabore en concertation étroite avec les pêcheurs locaux. Le choix du site n’est pas encore été tranché. Aujourd’hui il semble bien que le meilleur site breton : Groix, reste en compétition avec le seul site méditerranéen : Fos-Sur-Mer. La décision devra être prise au début de l’année 2011.

Mais le développement durable ne se résume pas aux mutations technologiques nécessaires, c’est aussi le souci permanent de la préservation des milieux.
Les Groisillons se sont toujours mobilisés pour défendre leur île contre tout ce qui pourrait la défigurer, la polluer, mettre en cause la qualité de vie de ses habitants. Contre les vases de la DCN, contre le projet Lafarge, contre un projet d’élevage intensif de cabillauds. A une époque antérieure aussi contre le VVF en bord de côte. Quand la commune a porté des projets courageux comme Natura 2000, la protection du littoral ou l’arrêt des constructions anarchiques en mitage, la plupart des Groisillons l’ont suivie.

La question récurrente du site de clapage des sédiments du port de Lorient doit trouver enfin des réponses. Nous sommes au coeur d’une problématique de développement durable. Un port envasé ne peut plus fonctionner, et personne ne pense que l’économie portuaire de Lorient pourrait être sacrifiée fut-ce à la plus noble des causes. D’un autre côté une partie non négligeable des sédiments est contaminée par des métaux lourds. En 97, la définition d’un site de clapage au large de Pen Men avait été présentée comme une victoire et un aboutissement.
Avec le recul nous en voyons toutes les limites. En 2002 nous avions obtenu à l’arraché la mise à terre de 12000 m3 de sédiments contaminés de DCNS.
Depuis on me dit que des réflexions avancent sur des sites à terre et des valorisations de sédiments, solutions alternatives aux clapages en mer. Un projet de géo-tubes pour la construction de remblais nous a été présenté il y a deux ans, depuis je n’ai connaissance d’aucun progrès dans ce domaine ni d’une vraie cartographie des sites terrestres potentiels.
J’ai eu l’occasion de m’entretenir de ce sujet avec Norbert Métairie. Je pense qu’il est tout à fait conscient du problème et qu’il ne laissera pas faire n’importe quoi.
Je lui ai demandé de mettre en oeuvre tous les moyens et compétences nécessaires pour que le clapages en mer soient réduits au minimum et qu’on envisage d’arrêter de les claper sur un site qui est désormais une aire marine protégée de type Natura 2000.
Lorsque la zone Natura 2000 en mer avait été instaurée dans la précipitation à l’instigation de l’Elysée, j’avais exprimé toutes mes craintes sur les conséquences d’une telle décision. Ma première critique concernait sa gouvernance, je craignais qu’on enlève au comité de pilotage et à la commune qui le présidait leur marge de manoeuvre. Il n’en a rien été pour nous, puisque le comité est maintenu et élargi, et que le maire de Groix en est resté le président.
Nous avons là une occasion de concilier la connaissance et la préservation de notre patrimoine naturel marin avec les activités économiques qui nous sont essentielles comme la pêche et la plaisance. Saisissons cette chance. Saisissons aussi l’occasion de bâtir l’argumentation scientifique qui poussera enfin à des solutions durables pour le traitement des sédiments portuaires.

N’allez pas croire que ce travail me détourne des chantiers groisillons qui devront aboutir au cours du mandat :
La Zone d’Activité Economique (ZAE) du Gripp (dite zone artisanale)
Le Pôle Mer de Port Tudy (réhabilitation du Quai sud)
Le Pôle Enfance Social Jeunesse (derrière la mairie)
Le nouvel EHPAD (nouvelle maison de retraite à Kermunition)
Le domicile partagé et les nouveaux logements aidés (10 appartements, 11 pavillons).

Précisons que la ZAE est sous maîtrise d’ouvrage de Cap l’Orient et que l’ancienne école des soeurs a été rachetée par l’Etablissement Public Foncier Régional pour réaliser le futur EHPAD. D’autres projets aussi programmés et financés : comme la nouvelle école maternelle publique ou l’hélistation. A côté de ces réalisations, des réflexions en profondeurs sont lancées :
-L’appel à projet régional « tourisme durable » qui a pour ambition de faire du tourisme un outil de développement maîtrisé pour l’île. L’image que nous voulons donner, le respect que nous devons inspirer, la qualité de notre accueil sont autant de questions à travailler ensemble.
Le tourisme n’est plus, depuis longtemps une manne qui va de soi. Laisser repartir un visiteur mécontent et ce sont des dizaines d’autres que vous ne verrez jamais. Faites en sorte qu’il se sente chez lui, et il reviendra avec ses amis.
-La révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) n’a pas pour seul but d’affiner le zonage existant, mais devra, entre autres, redéfinir l’architecture et les formes urbaines à venir au regard des impératifs d’environnement et au coeur de la loi littoral.
-Enfin il nous faut un schéma directeur d’ensemble sur les réseaux et les routes, incluant les questions de sécurité, d’entretien régulier et de surcharge des poids lourds qui accélèrent considérablement leur dégradation. Nous avons mandaté le cabinet spécialisé IRH pour cette mission.

Dans mes voeux de 2008, j’évoquai plusieurs scénarios possibles de l’évolution de l’île, le triomphe de l’économie résidentielle, la désertification et la croissance non durable par le « tout tourisme » (un peu comme Houellebecq le décrit dans son dernier livre) et un quatrième scénario : celui de l’équilibre, dont je vous relis ici la description :
« Le contexte climatique et géopolitique mondial se dégrade : les denrées agricoles deviennent rares et chères et surtout le prix prohibitif du pétrole freine leurs exportations. Les marchés de proximité et les circuits courts renaissent. L’eau devient aussi une denrée rare tout autant que l’énergie. Le tourisme lointain devient de moins en moins abordable et sûr, les vacanciers choisissent la proximité et recherchent l’authenticité. Les Groisillons ont su anticiper toutes ces tendances : les surfaces agricoles préservées engendrent sécurité alimentaire, emplois et entretien des espaces.
Un urbanisme maîtrisé permet le maintien et même l’augmentation de la population active, il permet aussi aux résidents secondaires de venir aux vacances et week-end et de donner un peu d’oxygène à l’économie locale. Mais l’étalement urbain est maîtrisé, le bourg est conforté dans sa centralité, les espaces naturels qui sont la plus grande richesse des îliens gagnent en beauté et en biodiversité grâce à un entretien subtil. Les sols sont respectés donc l’eau reste pure. La pêche artisanale et l’aquaculture durable s’allient à l’agriculture pour promouvoir un label de qualité reconnu partout. De petites industries de transformation se créent et exportent les produits de Groix que les touristes ont pu découvrir au cours de leur séjour sur l’île.

La vie culturelle et associative apporte l’enrichissement intérieur et la convivialité, elle contribue à attirer des résidents permanents, certains d’entre eux travaillent à domicile par Internet, c’est le télétravail qui se développe et permet de choisir son lieu de vie.
Le tourisme reste un poumon économique essentiel grâce aux choix opérés par les Groisillons d’une image d’authenticité, de nature et de qualité. On ne cible pas le portefeuille le mieux garni mais plutôt une clientèle de coeur respectueuse et attentive aux valeurs du développement durable.
Le Département exerce un contrôle efficace sur les tarifs du bateau, la compagnie délégataire s’engage aux côté des îliens dans leur projet de développement, pratique des tarifs attractifs hors saison et accompagne la vie associative et locale ».

Je vous ai dit tout cela en janvier 2008 et n’en renie pas un mot aujourd’hui malheureusement sur ce dernier point, celui des tarifs, j’ai fait preuve d’un optimisme excessif. Les augmentations du prix du bateau pourraient bien être le tour de garrot de trop qui étrangle l’économie insulaire si fragile. Je ne polémiquerai pas sur cette décision prise en comité paritaire au Conseil Général et dont je sais que Denise Le Maréchal ne l’approuve pas.
Lors de la renégociation du contrat de délégation de service public nous avions exprimé nos craintes de confier à nouveau au privé des liaisons dont la rentabilité se joue sur quelques semaines d’été. Il aura suffit de quelques mauvaises météos et d’une crise économique pour casser ce beau système consistant à faire payer par tourisme le prix du service public de l’hiver et de l’économie à l’année. Le choix d’une régie aurait pu, peut-être, éviter cela.
Même si nous savons désormais que les marges financières des départements ont été drastiquement rabotées par la réforme territoriale. Nous voyons là un exemple criant de partis-pris idéologiques que l’on retrouve partout en France, en Europe et dans le monde. Je ferais tout de même une remarque d’ordre technique : je demande la plus grande vigilance aux consommateurs groisillons. Le poste transport n’a pas toujours justifié véritablement les différences de prix entre Groix et le continent. Je trouverais raisonnable que la répercussion sur le consommateur final ne dépasse pas la réalité de ce que cela coûte aux entreprises concernées. Un peu de transparence dans le domaine me paraîtrait enfin bienvenu !

Avant de vous présenter mes voeux, je voudrais évoquer la mémoire de Marc Lebrun qui était un agent municipal dévoué et apprécié de ses collègues à l’écomusée et dans tous les services municipaux. Je sais que chacun d’entre vous s’en souvient avec émotion. Je m’associe à la douleur de sa famille.
D’autres drames se sont produits aussi autour du nouvel an et des familles ont été cruellement endeuillées comme si cette période déjà dure voulait nous ramener à notre propre fragilité. Puisse la solidarité îlienne les soutenir dans leur reconstruction.

J’ai sans doute assez parlé, et notre époque est bien difficile et technique, souvent le philosophe, l’écrivain ou l’artiste ont des visions plus fulgurantes et moins laborieuses de la réalité. Je ferai ainsi référence à un auteur controversé auquel je suis assez fidèle, Michel Houellebecq, qui dans sont dernier livre « la carte et le territoire », honoré par le Goncourt, décrit une vieille Europe gardienne d’un certain art de vivre mais qui a perdu toutes ses capacités de production et de création. Elle est ainsi devenue un havre de plaisir fréquenté par les riches classes sociales d’Asie ou d’Amérique. Méfions-nous de la pertinence de cette vision.

Dans son roman, Houellebecq place une citation de Tocqueville critiquant vertement un de ses contemporains, homme politique et poète :

« Je ne sais si j’ai rencontré, dans ce monde d’ambitions égoïstes, au milieu duquel j’ai vécu, un esprit plus vide de la pensée du bien public que le sien. J’y ai vu une foule d’hommes troubler le pays pour se grandir : c’est la perversité courante ; mais il est le seul, je crois, qui m’ai semblé toujours prêt à bouleverser le monde pour se distraire.
Je n’ai jamais connu non plus d’esprit moins sincère, ni qui eut un mépris plus complet pour la vérité. Quand je dis qu’il la méprisait je me trompe ; il ne l’honorait pour assez pour s’occuper d’elle d’aucune manière. »

On voit bien là que peu de choses changent ! Cet homme qu’il décrit avec tant d’acuité n’est autre que Lamartine.

"Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
"Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux."

Au moins Lamartine avait-il eu le talent de nous laisser ces vers immortels…

Pour chasser encore un peu notre morosité, regardons un peu plus au sud, vers cette Tunisie ou beaucoup d’entre nous ont passé de jolies vacances. Quelle leçon de courage politique ce peuple nous donne en moment !
En vous souhaitant une année 2011 riche de relations humaines et de combats légitimes, je vous convie mes chers amis autour d’un buffet convivial et républicain, préparé par des bénévoles que je ne saurai jamais assez remercier.