.../...Que vos elfes et vos rennes expliquent en détail qu’au milieu de cette crise économique engendrée par la voracité spéculative des marchés et par le renoncement de l’État à contrôler les flux d’argent, aucune banque n’a cessé de faire des profits, aucune multinationale n’a cessé d’engranger des bénéfices et même les économistes les plus orthodoxes de la théorie du marché sont d’accord pour dire que le principal symptôme de la crise c’est que les banques et les multinationales gagnent moins d’argent qu’avant, mais que jamais elles n’ont cessé d’en gagner.

Que vos elfes et vos rennes expliquent jusqu’à n’en plus finir que c’est le marché qui s’est opposé à tout contrôle public sur les spéculations, mais qu’il exige aujourd’hui que l’État punisse les citoyens coupables de diminuer son chiffre d’affaires.

Et pour finir, permettez-moi de vous demander encore une chose : je vous demande des milliers et des millions de drapeaux de lutte, des barricades imprenables, des pavés bien solides, des masques contre les grenades lacrymogènes et que l’étoile de Bethléem devienne une multitude de comètes incandescentes avec une unique cible : les Bourses du monde.

Que celles-ci flambent en un incendie immense, car ces flammes de ces cent magnifiques brasiers nous donneront, même si ce n’est que pour un temps assez court, une inoubliable Nuit de Paix.

Luis Sepúlveda