Monsieur le Préfet,

"Vous venez de signifier officiellement aux sociétés Lafarge et Italcementi le refus de l’État d’autoriser l’extraction de sables et graviers au large d’Étel, au seul motif de la présence de munitions sur cette zone.

Cette annonce n’a pas manqué de surprendre/ les milliers d’adhérents du collectif du PEUPLE DES DUNES et leurs juristes qui connaissent, eux, les vrais motifs de cet abandon. (...)
D’abord, ils savent que la décision du tribunal administratif du 11 décembre 2008 avait donné raison à leur combat, en jugeant qu’était désormais expiré le délai de renouvellement du permis de recherche Sud Lorient. Vous le saviez. Le groupe Lafarge le savait. Pourquoi dès lors attendre 9 mois supplémentaires pour réfuter une demande dont vous n’étiez plus saisi ?

Et pourquoi la motiver par des considérations secondaires par rapport aux débats ? Les artilleurs de marine tirent dans cette zone depuis Napoléon III, et la présence de munitions étaient connue de tous, depuis l’origine, sans que cela n’appelle la moindre réaction des services concernés et spécialement de la Préfecture maritime qui n’a jamais cru bon de prendre position, au cours de toutes ces années, sur les résultats des prospections magnétométriques effectuées sur la zone. Dès le départ, les associations de défense de l’environnement avaient, elles, invoqué cet argument devant la juridiction administrative pour contester la validité de ce permis de recherche mais vos services avaient dédaigné ce moyen, en en balayant alors sa pertinence.

Ne serait-il pas, plutôt, l’arbre qui cache la forêt ? Surtout que vous n’ignoriez pas l/e sérieux des analyses scientifiques émanant, en tout premier lieu, du collectif du Peuple des dunes. Elles ont été confirmées, ensuite, par le collège des scientifiques indépendants mandaté par Cap Lorient. Ces experts ont mis en évidence « l’interdépendance entre la zone du projet d’extraction et le trait de côte, la vulnérabilité du cordon dunaire et les conséquences désastreuses pour la biodiversité ».

Ils ont relevé que, dans les publications de la société Lafarge, les éléments défavorables au projet étaient systématiquement écartés et les conclusions toujours orientées dans le même sens, manifestant un parti pris évident et un manque de rigueur scientifique.

Pourquoi, dès lors, avoir souligné, dans votre communiqué aux medias « le très grand sérieux et la qualité des études techniques et environnementales préalables réalisées » par le Groupe Lafarge ? D’autant que /les sociétés Lafarge et Italcementi ont refusé catégoriquement (à part quelques résumés d’analyses sous forme de conclusions) de communiquer l’ensemble des études réalisées, en dépit des promesses faites,

Votre souci majeur n’est-il pas d’éviter que tout lieu d’extraction de sables en mer ne suscite désormais de nouveaux débats en raison des conséquences écologiques majeures soulignées à l’occasion de ce combat mené par le PEUPLE DES DUNES ?

L’ensemble des 140 associations qui ont contesté ce projet d’extraction de sables, l’ensemble des conseils municipaux concernés qui ont voté unanimement contre la demande de renouvellement de ce permis, et toute la société civile qui a soutenu ce combat attendent des réponses à ces questions, qui doivent alimenter un débat public dans une démocratiecitoyenne.

Le Grenelle de la mer ne peut lui-même éluder ces questions majeures pour notre société et notre développement durable.

C’est aussi pourquoi il nous parait juste de rendre public les termes de la présente et les réponses qu’il vous plaira d’y apporter.

Veuillez agréer, monsieur le Préfet, l’assurance de notre vigilante attention."

Le Président André BERTHOU