Pour ceux d’entre nous (si peu nombreux...) qui accompagnons le FIFIG depuis ses débuts, il est plus que nécessaire de se remémorer la fable de La Fontaine.

Ce beau Festival nous paraissait solide comme un roc, sous la houlette de son premier animateur qui, tel le flûtiste de Hamelin, entraînait derrière lui une foule de bénévoles, plus ou moins de leur plein gré, mais tous plus désintéressés les uns que les autres. Personne ne comptait ses heures ni ne demandait de compensation.

Il est vrai que l’amitié qui liait alors Jean-Luc et le maire de l’époque a facilité maintes transgressions à la sécurité et autres. Le carnet d’adresses de l’ancien grand reporter facilitait aussi le recours à certains invités prestigieux. S’il est diplomatiquement correct de choisir "Hatoup" pour accompagner ce festival devenu une institution culturelle (et économique) groisillonne, cela ne gênait personne que Jean-Luc réponde aux trop curieux sur le fonctionnement : A L"ARRACHE !

Sous ses auspices, les Présidents se sont remplacés, maintenant l’esprit des débuts, avec notamment la vitalité rigolarde de la petite centaine de bénévoles. Cet esprit de partage, joyeux et débrouillard, nous faisait même parfois oublier la précarité des installations de cuisine et la rusticité des menus, simples mais copieux, les plus jeunes des bénévoles ne se plaignaient pas d’avoir faim après les repas... Ils pouvaient aussi se rabattre sur les grillades proposées par la fine équipe de Guéna, pas gênée de satisfaire au goût des prolos :-)

La recherche de financements n’était pas le moindre des soucis des responsables et provoquait parfois quelques débats houleux. Qui ne se souvient (parmi les "historiques") du chtall autour du sponsoring de Total après le naufrage de l’Erika. En effet, le bénéfice des repas et de la buvette des soirs de fête "préfestivale" était largement insuffisant. Je me sentais même obligée de prendre deux forfaits en plus de mon adhésion, tout en sachant pertinemment que je n’aurai pas le temps de voir un seul des films projetés pendant l’édition de l’année. (Yann compensait gentiment en me prêtant les DVD). Le camarade et ami Guéna participait très activement à ces économies en ramenant sardines et autres, tombés du bateau comme il disait... Choune n’avait pas à se creuser la tête pour l’accompagnement : de toute façon, régime patate en robe des champs ou riz !

Avoir des amis possesseurs de véhicules confortables évitait aussi la location pour transporter les invités de marque. Je ne suis pas près d’oublier la tête de Jean-Luc obligé de recevoir poliment l’ambassadeur d’un pays alors au programme mais dont le moins qu’on puisse dire est que le gouvernement dudit pays n’était pas celui que souhaitait l’ami de populations sous le joug de dictateurs ou de corrompus.

Jean-Luc et Yann, qui fut aussi journaliste, étaient conscients de la nécessité d’une large communication. Je dois pourtant avouer que je ne regrette pas de n’avoir plus à transmettre les articles de la presse nationale concernant notre seul festival de l’époque que j’avais à charge de repérer toute l’année !

Un vent mauvais nous a privés de ce meneur d’hommes créatif et volontaire qu’était Jean-Luc Blain. Son souvenir planait comme d’habitude sur le site et a valu à quelques uns d’entre nous un fort instant d’émotion : son fils Kevin y est passé la semaine dernière et s’est montré très heureux de la continuité de l’œuvre de son père et de l’affluence démontrant un succès bien mérité.

Avoir maintenant quelques responsables salariés, intermittents ou indemnisés, stabilise le fonctionnement et facilite l’acquisition d’une expérience bien utile ... le temps de la durée de l’engagement. Cela ne résout pas la difficulté de trouver une bonne volonté qui accepte une fonction pérenne de président. On a donc vu fleurir une co-présidence paraissant motivée mais qui se dégarnit petit à petit.

Cela évoque la flexibilité qui m’amène à la comparaison entre chêne et roseau.

OK, donc ce roseau plie ... mais ne se rompt pas,

Et pourtant ! Il en subit des avatars notre FIFIG (pour ne pas dire avanies). Les mesures gouvernementales imposant des réductions de subventions et suppressions d’emplois aidés sont une menace permanente.

Si l’on y ajoute les mesures de sécurité draconiennes imposées aussi par le ministère de l’intérieur pour se garantir d’attaques supposées de terroristes, cela plombe un peu plus les finances. Quand le préfet et ses services s’en mêlent et obligent à condamner des locaux nécessaires à l’hébergement des bénévoles, cela donne des problèmes quasi-insurmontables.

S’y ajoutent les préoccupations électoralistes des politiques de l’Agglo qui oublient leurs promesses d’entretien des locaux, pourtant maintes fois réitérées et laissent l’équipe actuelle dans l’attente d’une solution acceptable pour les locaux qu’elle utilise à l’année.

Quelques grains de sable locaux, déposés ça et là probablement par des personnes éloignées du monde culturel, malmènent aussi notre roseau qui n’a vraiment pas besoin de ça !

En résumé, lui aussi pourrait souffrir d’une canicule et risquer de se dessécher sur pied !

La bonne nouvelle, tombant le lundi de la fermeture de cette 19ème session, annonçant l’appel d’offres pour la restauration du bâtiment F de Port-Lay, montre que l’engagement pris par la commune est tenu mais cela ne suffira pas à redonner le bel optimisme qui prévalait dans les vertes années de la plus belle réalisation culturelle de notre île.