LES HABITS DE PAYSANNES (2ème partie)

A Port Tudy, non loin du quai, les jours passent et l’effervescence grandit.

A côté de sa cousine en tablier de soie bleu à motifs de velours rouge, la jolie Fanny, rêveuse, pose sous la photo de ses seize ans. Elle porte le tablier de soie brochée et la coiffe plate à très longues tresses cochées qu’elle avait ce jour-là chez le photographe. C’était il y a bien longtemps... En 1880...

Dans une vitrine un peu plus loin, paradent celles qu’on appelle "les dames de trèfle". Elles sont toutes deux vêtues d’opulents tabliers de soie, rose pour l’une et vert sombre pour l’autre, incrustés de trèfles de velours noir. Orgueilleuses et lointaines, elles portent bijoux et manchettes de dentelle fine.

Et puis il y a ce joli couple : lui en costume de ville (celui de ses noces), chemise à plastron et col dur en carton. Elle, en camisole à parements de velours et tablier en crêpe de soie incrusté de velours. C’est aussi son costume de mariée. Ils poseront comme ils ont passé leur vie : côte à côte. Juste sous leur photo de mariage.L’émotion les étreint. Cela fait si longtemps.

Au rez de chaussée, prisonnier de sa vitrine, un Groisillon, en habits de travail et sabots à guêtres en toile de voile, attend avec impatience qu’on vienne le délivrer. Trente ans qu’il se morfond dans ce bocal ! Pourvu qu’on n’aille pas l’oublier ! Car il a sa place là-haut à l’étage. Il l’a entendu dire. Il sera installé entre deux Groisillonnes, elles aussi en habits de travail : caraco et fichu de toile écrue pour l’une (avec le béguin en dessous car jamais une femme convenable ne sortirait "en cheveux"), longue blouse de coton noir pour l’autre. Jean Coat (car c’est son nom) fera son faraud entre elles deux, la casquette légèrement inclinée sur l’oeil et les mains dans les poches, et il savourera chaque instant avant de retourner dans la solitude sa vitrine.

N’oubliez pas, les Groisillons et les autres : c’est du 15 juin au 30 septembre.
La mairie a confié au Cercle Celtique les clefs de la malle aux trésors, à charge pour nous de les mettre en valeur. C’est une belle marque de confiance et la volonté affichée d’un retour en force des associations vers leur patrimoine................................................. Elizabeth Mahé