.../... L’heure d’été va-t-elle plomber notre santé ?

Les questions liées à la santé ont donné lieu à de vives controverses, notamment après des travaux parus dans le New England Journal of Medecine (en anglais) en 2008. Cette étude menée en Suède soulignait une hausse des infarctus du myocarde dans la semaine qui suit le passage à l’heure d’été, entre 1987 et 2006. Hypothèse la plus probable : "L’effet néfaste d’une privation de sommeil sur la santé cardiovasculaire." Une baisse – un peu moindre – était en revanche observée dans la semaine qui suit le passage à l’heure d’hiver.

Les dettes de sommeil entraînent de nombreuses pathologies, connues et documentées. Elles peuvent être d’ordre cardiovasculaire (hypertension, AVC), métabolique (diabète de type II, obésité…), immunitaire ou inflammatoire. Plus largement, les chronobiologistes mettent régulièrement en garde l’opinion contre une trop grande désynchronisation entre lumière du jour et heure de l’horloge. "En imposant à l’horloge biologique un rythme qui n’est pas celui de la nature, on va exercer un stress sur l’ensemble des organes, résume Joëlle Adrien, directrice de recherche à l’Inserm. On a donc intérêt à ce que l’heure légale, soit la plus proche possible de l’heure solaire."

L’horloge biologique est le chef d’orchestre de nos organes et de notre cerveau. Passer définitivement à l’heure d’été est une aberration chronobiologique. Au lieu de faire une symphonie, on crée une cacophonie.Joëlle Adrien, directrice de recherche à l’Insermà franceinfo

De nombreuses sociétés savantes ont donc pris position pour l’heure d’hiver permanente, parmi lesquelles la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS), la société française de chronobiologie (SFC), l’European Sleep Research Society (ESRS) ou l’European Biological Rhythms Society. Ce choix favoriserait en effet "une meilleure synchronisation/harmonisation de nos horloges biologiques au calendrier solaire", écrit le chercheur Jacques Taillard dans la revue Médecine du sommeil, avec pour conséquence notable d’atténuer le "fameux jet lag social" – sortir tard et rester tard au lit le matin.

Gare donc à la douce illusion des longues soirées de juillet. Celles-ci ne peuvent durer toute l’année, même en conservant l’heure d’été. "En été, les gens sont plus heureux car cela correspond aux vacances, résume Joëlle Adrien. Les gens associent cet horaire à un bien-être, mais c’est aberrant à long terme."

F Magnenou France Télévisions 03/03/19