Histoire de Groix JC Le Corre et Y Raude.

Le dimanche 13 juin 1830, le recteur Lagueux, curé de Groix, monte en chaire pour son sermon dominical. A cette occasion il annonce :
« Demain on dira une messe pour les prisonniers d’Alger, Auguste Noel, Claude –marie Baron, Jacques Baron, et Matthieu Gouronc ».

Les prisonniers d’Alger ?
Leur aventure assez extraordinaire mérite bien de sortir des nombreuses oubliettes de l’histoire de l’île. En son temps elle fit la une des médias et l’objet de nombreux récits plus ou moins proches de sa cruelle réalité. Pour la compréhension des évènements il faut revenir un peu en arrière, en fait 30 ans plus tôt.

Sous le Directoire, Bonaparte prépare son expédition d’Egypte et pour nourrir ses troupes demande à son ministre des affaires étrangères Talleyrand d’acheter du blé et d’emprunter de l’argent à la très riche Régence d’Alger. Celui-ci, par l’entremise de deux négociants français d’Alger s’approvisionne auprès du dey, gouverneur local de cette région pour le Sultan de Constantinople.

Ce banal échange commercial serait passé inaperçu dans l’histoire mouvementée de cette époque, si la France de Napoléon, puis de Louis XVIII et Charles X n’avait pas tout simplement « oublié » de payer ce blé, la dette et ses intérêts !

En 1827 le dey d’Alger, Hussein dey, réclame toujours le paiement de cette dette. La France, par l’intermédiaire de son consul, Pierre Deval, fait trainer l’affaire et un beau jour, exaspéré, Hussein dey met fin à une entrevue en donnant un coup de chasse mouche au consul.(en fait il aurait simplement montré la sortie à ce dernier avec cet accessoire). Pierre Derval présenta au gouvernement ce qui était, pour lui, une grave offense à la France et méritait une vigoureuse réaction de la part du royaume.(la dette passe alors aux oubliettes , le chasse mouche devient un éventail et la situation diplomatique s’envenime ).

La navigation en Méditerranée était depuis de très nombreuses années à la merci des pirates d’Alger qui attaquaient les navires, rançonnaient les équipages et enfermaient ceux qu’ils n’avaient pas tués au bagne en attendant le paiement d’une éventuelle rançon, en fonction de la valeur estimée des individus. (C’est ainsi que Cervantes l’illustre auteur de « Don Quichotte » y passa 5 ans avant que la somme réclamée pour sa libération fut versée) .Les otages estimés sans valeur étaient vendus comme esclaves.

A Paris, le Gouvernement décida en réaction à l’offense d’effectuer le blocus d’Alger. Des vaisseaux de guerre furent envoyés dès 1827 pour interdire à tout pirate de sortir de la rade et arraisonner ceux qui avaient pu échapper à leur surveillance.

C’est ici que nos quatre Groisillons apparaissent.

Ils sont tous à l’époque marins pêcheurs et donc inscrits maritimes depuis le Code de Colbert de 1681, (seul texte de l’Ancien Régime que la Révolution n’a pas supprimé. Seul le mot « classe est remplacé par « inscription maritime »)

Cette réglementation leur imposait un « service militaire » de durée variable selon les régimes. C’est pourquoi au printemps 1830 on les retrouva tous matelots sur le même bâtiment le brick« Le Sylène » participant au blocus d’Alger.

Ce blocus maritime (« la station navale » terme de l’époque) durait depuis 3 ans et une flotte importante en assurait la permanence. C’était une tâche pénible et routinière, le long des côtes, sur une mer qui de saisons en saisons fatiguait navires et équipages. Seuls les coups de vent les tempêtes et les combats avec les pirates rompaient la monotonie de ces incessantes patrouilles

Tous les trois mois, les navires faisaient relâche quelques jours à Mahon aux îles Baléares pour se ravitailler puis revenaient prendre leur place dans le dispositif.

Nos Groisillons ne savaient pas en ce printemps 1830 que leur aventure africaine allait durer encore de longs mois, non plus sur mer mais sur une terre hostile d’Afrique et que ses péripéties seront connues et commentées dans la France entière.

En effet, en janvier 1830, alors que ce blocus s’éternisait sans succès probant, la situation politique en France mettait le gouvernement en difficulté et Charles X essayait de redorer le blason de son pouvoir défaillant .Il profita de ce blocus pour tenter de créer une union nationale et décida une grande expédition contre la Régence d’Alger.

A l’époque la conquête de ce qui n’était pas encore l’Algérie (ce nom n’apparut qu’en 1831 et dans un texte « officiel » en 1838) n’était pas du tout à l’ordre du jour. L’expédition et son succès arrivèrent trop tard pour sauver le pouvoir. Quelques semaines plus tôt, la Révolution de 1830 avec les « Trois Glorieuses » des 27, 28 et 29 juillet signèrent la fin du régime. Charles X partit en exil et Louis- Philippe fut proclamé roi des Français.

(à suivre)