Nous autres en Bretagne, sans rire, nous n’allions pas utiliser un mot anglais tel que "curry". Aussi, c’est sous la forme "kari" que nous désignons ces mélanges, comme les plats qu’ils assaisonnent. La plus bretonne de ces poudres est le Kari-Gosse, mis au point par un certain Monsieur Gosse, pharmacien-apothicaire à Lorient au XIXème siècle.

Il déposa un brevet pour ce Kari, exploité aujourd’hui par un autre pharmacien, son descendant Ernest Pouezat, installé quant à lui à Auray, ville connue également pour sa pâtisserie architecturale religieuse, et la mauvaise qualité de ses ceintures. Bonne réputation vaut en effet mieux que ceinture d’Auray, c’est vous dire…

Le kari dont s’est inspiré le grand Gosse serait celui de pêcheurs de la région de Pontdichéry, au sud-est de la Péninsule Indienne. La recette en est tenue secrète, elle serait composée de piment rouge, coriandre, cumin, curcuma, girofle, cardamone, cannelle et fenugrec. Ces ingrédients sont désormais presque tous disponibles en supermarché, on peut donc jouer comme un vrai Gosse à élaborer ses propres mélanges.

Il fut un temps pas si lointain où cette poudre ne pouvait s’acheter que dans un réseau de plus en plus restreint de pharmacies bretonnes, aujourd’hui si cela vous tente, vous pouvez le trouver sur Internet.

Les bretons ont utilisé le Kari Gosse essentiellement pour accommoder les produits de la mer, il faut avouer qu’il se défend pas mal sur les crustacés, comme le homard ou même la langoustine, mais pour autant je n’en suis pas un grand amateur. Il a beaucoup de force, il est plutôt pimenté, et disons le carrément, il manque un peu de finesse.
Nonobstant le caractère historique du Kari Gosse, je l’utilise quand même de temps en temps par nostalgie…

P. Cocour (Cuisine de la mer)