Au-delà de son soutien à Sarkozy, illustrant elle aussi la tentation générale de se droitiser en vieillissant, Simone Veil s’est distinguée par un humanisme rare chez nos contemporains, l’amenant par exemple à s’opposer à Giscard et son souhait de renvoyer chaque année 100.000 Algériens dans leur pays. Athée, elle a aussi dérogé parfois à la discipline de son groupe politique en votant avec les partis de gauche.

Féministe, elle s’est d’abord opposée à son mari qui ne voulait pas qu’elle devienne juriste puis elle a démontré sa force de caractère lors de son combat pour l’adoption de la loi sur l’interruption de grossesse, gagnant ainsi la reconnaissance de toutes les femmes et une place inamovible dans leur souvenir.

Personnellement, je me souviendrai de son action en faveur des hôpitaux publics, notamment lors de son premier mandat qu’elle a terminé par un discours mémorable où elle remerciait les soutiers des services de soins, signalant les difficultés qu’elle avait rencontrées face aux pontes de la médecine. Elle soutenait alors qu’il valait mieux un ministre de la santé qui ne soit pas issu du milieu médical pour ne pas qu’il risque de se laisser corrompre. Elle n’a pas réussi à convaincre sur ce point hélas !

Je me souviens naturellement plus intensément du passage de ce discours où elle disait regretter de ne pas avoir fait suffisamment pour défendre la fonction des infirmiers psychiatriques et valoriser le remarquable travail qu’ils effectuaient à l’époque auprès des malades mentaux.

Là non plus, elle n’a pas été écoutée, bien au contraire, puisque leur spécificité a été carrément abolie par la suite, accompagnant la décadence de la qualité des soins psychothérapiques, remplacés par la distribution abusive de médicaments aux hospitalisés et le renforcement de la psychiatrie privée que ne peuvent s’offrir la plupart des malades rendus à la rue.

Madame, vous faisiez partie des très rares personnes que j’ai respectées dans ma vie. Puissiez-vous servir d’exemple aux femmes qui ambitionnent une carrière politique.