Le Conseil Général prévoit de recouvrir de bitume rose le halage entre Malestroit et Redon.

* Manifestement, le conseil général essaie un nouveau concept : "la campagne propre pour citadins sportifs". Fini les aiguilles de pins trainant partout dans le chemin et bonjour le bitume rose si Barbie veut faire de la randonnée ou du roller. Cela correspond sûrement à une demande... mais on n’est pas obligé d’écouter tout le monde. En voici pour preuve une anecdote datant d’il y a quinze jours dans le chemin du Stan Melen.

Il a beaucoup plu, c’est boueux, très boueux même. Je suis dans mon champ, occupée à nourrir mes bêtes. Arrive un couple, la soixantaine chic : la femme porte un manteau en drap de laine, des mocassins plats (pour le côté "sport" sans doute) et vernis (c’est moins salissant). Elle sert bien fort sous son bras une superbe besace en cuir (un vol à l’arraché est si vite arrivé !).

Monsieur suit en loden vert pantalon et chaussures de ville, et, totalement incongru, un sac à dos en nylon flambant neuf (comme je suis mauvaise langue, je me dis que ses enfants ont dû le lui offrir à Noël...et comme je suis vraiment très mauvaise langue, je pense en moi même : "qu’est ce que c’est que ce carnaval ?).

Ils avancent péniblement car, à chaque flaque, et Dieu sait s’il y en a, monsieur s’arrête et prend la main de madame pour l’aider à franchir l’obstacle.

"Quel chemin dégoûtant !" s’écrie madame - (elle m’agaçe déjà mais, héroïquement, je me tais) - et en plus, c’est plein de crottes !" Il faut dire que ce chemin est un des préférés des gamins à cheval... et qui dit "cheval" dit "crottins". Elle m’énerve tellement que je lui lance depuis mon champ : "Et oui madame, les chevaux ont cela en commun avec nous : ils chient". La trivialité de ma réponse tombe dans un silence de mort puis la dame me répond "oui mais nous, au moins, nous allons aux toilettes !" Là, je l’avoue, je suis restée bleue... mais c’est vrai que des "lieux d’aisances équins", ce serait d’un chic... avec, en prime, un petit coup de bitume rose dans les chemins pour ne pas se salir les sabots............................................Elizabeth Mahé