C’est sans doute la seule carte postale ancienne de Groix sur laquelle on voit une voiture.

Elle fut prise dans les années 1930 à l’entrée de Locmaria.
C’était peut-être la première voiture de l’île et la mémoire collective en parle comme étant celle du docteur Adolphe Romieux, installé à Groix depuis 1909.

Cette voiture du médecin me rappelle une histoire racontée dans le livre d’un grammairien allemand, Elmar Ternes, de l’Université d’Heidelberg.
Il était venu dans les années 1970 étudier la « Grammaire structurale du breton de l’île de Groix ». En voici un petit extrait :

« Le breton groisillon appartient au dialecte vannetais, plus exactement au bas vannetais… et occupe une position linguistique assez isolée. Les dialectes bretons de la côte continentale opposée à Groix sont si différents que la communication entre les bretons de Groix et ceux de la zone côtière en face de Groix est, sinon impossible, tout au moins soumise à quelques difficultés. La compréhension mutuelle entre le groisillon et les dialectes vannetais non côtiers est complètement impossible... »

Pour effectuer son étude, il rencontra des groisillonnes et des groisillons bretonnants notamment des personnes du village de Kerlard où il habitait pendant ses recherches.
Il précise « Le choix des informants a été difficile. Il fallait trouver des personnes âgées mais douées d’un esprit lucide et d’une bonne mémoire en dépit de leur âge avancé »

Parmi les personnes qu’il avait enregistré voici ce que lui a raconté Rose Guillaume (née Tristan), née en 1907 à Kerlard où elle avait toujours vécu. (Traduction littérale du breton parlé à Piwisi et légèrement différent de celui de Primiture !)
« Tu te rappelles lorsque ma tante était tombée malade. Elle se moquait toujours de l’auto du médecin. Et elle nous disait dans les termes suivants « Eh bien, n’importe je ne sais pas comment vous tombez malade. Ce n’est pas moi qui aurait mis un sous dans l’auto du médecin »

Mais voilà tout de même un jour qu’elle avait attrapé mal au ventre la voilà obligée d’aller trouver le médecin. Et nous lui avions dit comme ceci «Ecoutez donc maintenant vous serez au même rang que les autres. Vous aurez également vos quatre réaux (=1 franc) ou bien vos cinq sous dans la roue du médecin « Oui mais ça me fait assez mal au cœur de lui donner mon argent. »Ça ne fait rien, de toute façon il mangera un bon repas à vos frais ce soir !

Cette affaire était passée. Et personne n’avait dit mot. Mais deux ou trois jours plus tard, elle disait comme ceci quand elle l’avait vu : «Regardez le cochon ici ! Il était venu voler mon porte monnaie. Le voilà qui roule par ici avec son auto grâce à moi car maintenant j’ai au moins aidé à la payer. »

Il s’est passé encore vingt ou trente ans avant qu’elle meure, même avant de mourir elle disait toujours qu’elle possédait l’auto du médecin, que lui en appartenait une part. »

La plaque d’Adolphe Romieux, médecin de Groix en 1909

(Remerciements au docteur André Romieux, son petit-fils)

JC Le Corre - Groix - Mars 2016