Jeudi 11 septembre

"La Soledad" est de ces films, alliant la peinture sociale à la recherche esthétique, qu’honorent les festivals et les cérémonies. Salué par trois Goya - l’équivalent français des "Césars" - ce récit de deux destins de femmes trouble autant qu’il déstabilise.

Pas de bande-son qui alourdirait la pesanteur des scènes et un réalisme d’une rare aridité : tout prépare à l’incursion du drame dans le quotidien le plus réglé. La caméra, embusquée derrière un battant de porte ou une fenêtre entrouverte surprend les conversations plus ou moins anodines et traque sur les visages les pensées silencieuses. Car même quand ils se partagent l’écran, les personnages restent irrémédiablement seuls, prisonniers de leurs souvenirs, de leurs angoisses ou de leur douleurs.../...

(evene le 11 Juin 2008)

L’apparente banalité des situations et des dialogues cache en fait des propos très justes et nuancés sur les ambitions professionnelles, l’amour maternel, le rapport à la maladie ou la solitude en milieu urbain. La forme, élégante sans être ostensible, révèle un art maîtrisé du montage, notamment par le recours au "split-screen", qui évite le champ-contrechamp dans les scènes de dialogue et permet un filmage réussi des différentes pièces dans les séquences d’intérieur. Les ellipses (après la bombe dans l’autobus) font parfois songer à Bresson dans le sens où des éléments importants de l’intrigue ne sont dévoilés que de façon implicite et progressivement.