Il est 19H30/20H... Je rentre des champs, poussiéreuse et fatiguée (mon véhicule aussi d’ailleurs)... Me voilà rendue dans le Bourg...
Face à moi,un couple en vélo avec la charrette pour sa progéniture. Ils roulent en sens interdit (mais ils ont le droit ), de front. Ils occupent toute la rue.

J’avance doucement. Ils stoppent face à moi, toujours côte à côte, le regard atone... ET NE BOUGENT PLUS !
Là, je réalise avec désespoir que je vais me coltiner un authentique couple de "blaireaux". Notez bien, je serais naturaliste, cela me ravirait mais là je suis juste fatiguée. Ostensiblement, la femme descend de vélo et commence à fourrager dans ses sacoches... ce qui doit vouloir dire en langage blaireau :
- "t’es pas parée de rentrer chez toi ma cocotte"
(enfin il me semble car je dois bien avouer que je ne parle pas couramment le "blaireau").
Lui, immobile, fixe toujours mon pare-brise. Devant le vide sidéral de ce regard,je décide de la jouer façon Maureen o’ Sullivan dans Tarzan : beaucoup de gestes, peu de paroles. J’agite frénétiquement les mains derrière le pare-brise, histoire de lui montrer qu’il y a un être humain dans ce véhicule. Et j’engage une conversation des plus simples avec mimiques à l’appui : "moi vouloir passer. Vous bien vouloir vous pousser? Vous comprendre?"

Sur le pas de sa porte,un commerçant hilare applaudit. Le couple sent-il une certaine moquerie à son égard? Toujours est il que l’homme fait un signe à sa compagne. Elle se range enfin derrière lui et ils repartent, longeant mon véhicule, la tête haute, le regard lointain et fier...
Allez savoir pourquoi mais moi, ce soir au dîner, je mangerais bien du blaireau !

Elizabeth Mahé