D’un côté vous avez des vaccins, de l’autre vous avez des gens qui veulent se faire vacciner. Entre les deux, vous avez d’autres gens, chargés de vacciner ceux qui veulent se faire vacciner.

L’idée générale, c’est que les vaccins se retrouvent dans les bras de ceux qui veulent se faire vacciner, grâce à l’intervention de ceux qui sont chargés de les vacciner. A priori, une telle opération ne semble pas insurmontable.
Disons que, tout au long de notre longue histoire, on a déjà vu plus compliqué. Eh bien, grâce à l’esprit Shadock qui sommeille chez tout organisateur chargé d’organiser, c’est en train de devenir un chef-d’œuvre de complication, un Himalaya de complexité, poussant jusqu’à leurs plus extrêmes limites les capacités de résistance de l’homme (en tout cas du Français). Tout simplement (si j’ose dire) parce que pour que cette opération puisse être menée à bien, il est demandé aux candidats au vaccin de prendre préalablement un rendez-vous, l’astuce étant de rendre cette démarche, sinon totalement impossible (quoique), du moins suffisamment dissuasive, pour pousser aux confins de la folie les millions d’inconscients ayant cru benoîtement qu’il ne s’agirait là que d’une banale formalité et se retrouvant au bord de la crise de nerfs, désormais obnubilés par une unique obsession : un rendez-vous ! _ Un rendez-vous ! Vous avez devant vous un miraculé ayant réussi l’exploit d’en avoir un. Merci pour vos applaudissements. Je les mérite.

Alain Rémond, La Croix 18/01/2021