Cinéf’îles avait projeté en 2010 un des premiers films de Gilles Perret « Walter, retour en résistance ». A travers l’histoire de Walter Bassan, il racontait la Résistance organisée au plateau des Glières, et la naissance du collectif issu de cette mobilisation, dont Stéphane Hessel et Raymond Aubrac deviendront les parrains.

"La Sociale", qui sera projeté par Cinéf’îles le 4 avril, décrit le combat ambitieux et difficile mené entre 1945 et 47 par Ambroise Croizat, savoyard, ancien ouvrier métallurgiste, député communiste de Paris pendant le Front Populaire, nommé ministre du travail au lendemain de la guerre. C’est un film plus qu’un documentaire, car Gilles Perret choisit de travailler sur l’affect plutôt que sur les chiffres, permettant ainsi aux spectateurs de se sentir acteurs parmi les autres.
La mise en place de ce système de répartition qui permet à chacun d’être intégralement pris en charge en matière de santé, est un outil politique. Les cotisations des salariés représentent 630 milliards d’Euros qui échappent totalement à la loi du marché, et les sociétés privées aimeraient bien grignoter un peu sur la Sécurité sociale… Ce qui se précise de plus en plus depuis sa création... La Sécu, ça marche bien, car personne ne ponctionne au passage.
Tel qu’il a été créé, c’est un projet de société "presque" égalitaire puisque les cotisations sont, en dessous d’un certain plafond, fonction des revenus des salariés - porteur d’espoir, puisqu’il supprime l’angoisse du lendemain, la culpabilité d’être malade et qu’il participe à l’augmentation de la durée de vie car les gens peuvent se faire soigner : « la retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie ».
Ambroise Croizat, très solidement soutenu par la CGT, est à l’origine d’une œuvre humaine qui nous montre ce qu’un individu est capable de faire, mu par la passion, animé par des convictions militantes et ne renâclant pas au travail. Il est surprenant que son nom ait été si peu évoqué, supplanté par celui de Pierre Laroque, haut fonctionnaire qui mit en forme l’architecture du projet. On a oublié Ambroise Croizat. Même à l’Ecole normale de la Sécurité sociale, on ne le connaît pas. Pourtant, à sa mort en 1951, à 50 ans, il a eu un enterrement à la Victor Hugo, images d’archives diffusées dans le film.
C’est une démarche positive que celle de Gilles Perret, qui montre que quand on se met tous ensemble, on arrive à créer de la solidarité et un rapport de forces utile.

Martine Netter

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