Il y avait du beau monde au Festival du film insulaire à Groix, notamment notre René Lacaille national, qui a renforcé les rangs des îliens réunionnais et apporté, royal, sa convivialité musicale. De quoi accompagner à sa manière Alexandre Boutié, le réalisateur du fameux “Grand petit monde de la Rivière des Roches” (prix du public il y a deux ans dans cette même enceinte festivalière) qui apportait, fébrile, en compétition son second film, déjà plébiscité à la Réunion, “La boutique des Temps modernes”

qui, sans surprise, de notre point de vue, s’est retrouvé primé, lui aussi décrochant le trophée “Ile d’argent” juste après le “Promised paradise” de Leonard Retel Helmrich (Indonésie) auréolé du premier prix “Ile d’or”. On se dit qu’il se trouvera encore bien des occasions de lauriers pour ce documentaire filmé avec passion dans la boutique chinoise du quartier Libéria, sur la commune de Bras-Panon, à deux pas de la propre habitation de ce cinéaste résolument accro à l’humain. Le commerce ouvert en 1918 par Chan Lu Pive qui arrivait de Canton, et que deux générations plus tard son petit-fils Olivier fait tourner avec son père, est montré, on l’a dit, tout en finesse et authenticité dans ses tribulations quotidiennes, hautes en couleur. Un lieu qu’Alexandre aime appeler “l’ambassade du quartier”. Elle lui apporte en tout cas de nouveaux fleurons pour son blason de documentariste précieux pour la Réunion. Joint hier par téléphone, le lauréat sortait à peine de l’euphorie et expliquait avec émotion que “s’entendre dire pendant trois ou quatre jours tant de bonnes choses sur son travail, après les mois de doute de la réalisation… c’est une bénédiction !”

BIENTÔT SUR ARTE ET RFO

Et le jeune réalisateur de raconter ses rencontres, avec des célébrités comme le caricaturiste de Libé, Wilhem, encore ému aux larmes par l’humanité omniprésente “chez les hommes, les femmes, les enfants et même les chiens de ce film !” lui a-t-il dit, le comédien Jacques Martial pour sa part, membre du jury lui avouant qu’il s’était battu pour que le film d’Alexandre ait le premier prix, tant il le trouve “brillant”. Seulement, deux jurés n’auraient pas admis que l’auteur ait si facilement accordé le pardon à l’oncle pétainiste, évoqué dans la seconde moitié du documentaire. Le compatriote de Césaire a toutefois promis a Alexandre Boutié une aura nationale en le mettant en contact avec Clément, le PDG d’Arte qui va orchestrer une projection à Paris, dans un mois et demi, au moment où il diffusera “La Boutique…” sur son antenne. Soit le 24 novembre, sachant que RFO à la Réunion l’a programmé pour le 15 octobre. Alexandre Boutié a pu découvrir, mieux encore cette année, l’intérêt de cette île étrange et celtique qu’est Groix. “Une terre étrange et bourrée d’énergie lors d’un festival qui attire 15 000 personnes autour d’un choix de films (800 proposés, 200 sélectionnés et 15 en compétition). Le mien a séduit beaucoup de monde et si je m’en réjouis c’est parce que je savais que mes personnages méritaient cette audience. C’est à eux, les clienst et patrons de la boutique, que je dédie ce trophée. Quant à moi, le doute m’a quitté, la seule chose qui m’inquiétait avant étant de restituer fidèlement cette part de vies d’ici. Je sais maintenant que je peux continuer dans cette voie.”

Marine Dusigne http://www.clicanoo.com 30 août 2008