Nombreux sont celles ou ceux qui se contentent de quelques clichés, comme le Mont Saint-Michel et sa voisine Saint-Malo, la pointe du Raz, les alignements de Carnac ou encore la presqu’île de Quiberon. Il est vrai qu’en général, ce ne sont que ces destinations qu’on retrouve dans les brochures suisses de voyages.
Et, pourtant, que de trésors ailleurs en Bretagne !

Groix ou le caractère des îles
Le fait que sa visite soit conditionnée par les navettes de ferries et par un nombre de véhicules limité fait que l’invasion massive de l’île de Groix ne soit pas encore pour demain, même si sa population, proche de 2000 habitants, se gonfle, en période estivale de quelques 15 000 visiteurs supplémentaires. L’important trafic des cargos, la présence de l’Arsenal militaire et les chantiers navals de Lorient ne laisse heureusement guère de place pour la construction d’un pont comme à Oléron ou Noirmoutier. Une grande partie des insulaires occasionnels de Groix ne lui consacrent qu’une journée de visite des bars et des restaurants ou pour le pique-nique dominical sur les plages proches du port.
Mais Groix est surtout le paradis des cyclistes. Groix fait aussi preuve d’humour en remplaçant le traditionnel coq du clocher de l’église par un thon, symbole de l’époque où l’île était le premier centre breton des thoniers à voile. Aujourd’hui, la pêche s’est beaucoup réduite. Groix pourrait être une île gentillette, se prêtant comme modèle aux aquarellistes (ce qui est d’ailleurs le cas) et dont on aurait fait rapidement le tour, mais une visite de son écomusée en apprend bien davantage. Elle donne une image de l’île cent fois héroïque pour son réputé centre de sauvetage en mer grâce à ses marins dévoués de père en fils. Tout cela enrichit un patrimoine de récits et de légendes, volontiers évoqués par quelques îliens, pour autant que vous ayez la délicatesse de rester discret et respectueux et que les conteurs arrivent à surmonter leur timidité.
Quoi d’autre? L’aventure est au rendez-vous le long des chemins de terre, de la lande à ras des falaises battues par les flots où festoient des hordes de lapins, des petites plages au fond de criques, refuges favoris des croisiéristes à la voile, ou enfin sur la plage des Grands Sables, la seule plage convexe d’Europe. Ce sont surtout les amateurs de géologie qui seront comblés. Ils y découvriront de splendides spécimens de glaucophanes, des grenats et du schiste vert retrouvés ça et là dans les pierres des maisons, des fontaines, des lavoirs et des chapelles. Les amateurs d’ornithologie trouveront leur bonheur dans les falaises abruptes, habitées par des nichées de goélands argentés, marins ou brun, de pétrels, de fulmars boréals ou de cormorans huppés. Enfin viendront les amateurs de mégalithes qui découvriront aux croisées des chemins six dolmens et deux menhirs. Mais il n’est pas nécessairement besoin d’être un spécialiste pour apprécier ce microcosme où, hors saison, les petites habitudes, les amitiés et les inimitiés reprennent le dessus comme dans toutes les petites communes de Bretagne et d’ailleurs.

C’est là où les «îliens» (tout le monde ne peut pas se targuer d’en être) se retrouvent dans la petite halle du marché à vendre leurs poissons, leurs légumes, leur fromage de chèvre ou leurs aquarelles

Gérard Blanc http://www.jepars.ch/magazine