Ayant exprimé publiquement mon refus de voir un agité (dont personne ne peut m’assurer de l’intégrité tant morale que mentale), décider de ma vie future, j’ai eu la tentation de rester chez moi dimanche puisque la pseudo bagarre ultra libérale des deux candidats ne me concerne pas. Il faut dire aussi que me rendre au bureau de vote n’est pas une positon des plus confortables, même si un ou deux assesseurs ne se départissent pas de leur aménité en ma présence.

Mais voilà que s’affirment sans aucun complexe les professions de foi d’un catholique traditionaliste, (soutenu par l’extrême droite homophobe et anti-avortement) que je n’ai pas combattu directement depuis les temps forts lointains où j’avais un rôle dans la représentation régionale d’un syndicat.

Mon modeste bulletin ne pèsera que d’une toute petite voix dans le décompte national mais sa présence aura peut-être un peu plus de sens dans les résultats locaux. J’espère que je ne serai pas seule à montrer mon inquiétude devant l’arrogance affirmée de ces possédants qui, de plus, sont obsédés par une croyance que je combats autant que les profiteurs.

Il se trouve que mon livre de chevet actuel est "Croyance" de J.C.Carrière.

Je ne résiste pas au plaisir d’en extraire quelques passages.

Carrière cite en exergue la définition du philosophe Alain : "Croyance, le mot commun qui désigne toute certitude sans preuve".

.../... "Alors que l’on voyait réapparaître la vieille alliance de la violence et de la foi que l’on croyait éteinte, que l’on espérait éteinte. Le mot « croyance » est, paradoxalement, un acte de doute : « je crois », du latin credo, qui veut dire « je suppose », et non pas « je sais ». Et voilà que cette opinion se transforme en affirmation, en certitude.

La croyance, cette certitude sans preuve, pouvons-nous l’approcher, la connaître ? Qu’est-elle exactement ? Une rébellion individuelle, ou au contraire un ralliement à un groupe, à une secte ? Un réconfort ou une aberration ? Alors que nous pensions, depuis le siècle dit “des Lumières”, aller vers plus de clarté, plus de maîtrise sur le monde et sur nous-mêmes, nous voyons que la croyance a marché près de nous au même pas que la connaissance, et que l’obscurité nous accompagne toujours,

L’a priori indiscutable de la révélation divine...paralyse tout mouvement de la pensée"

Les catholiques, par exemple, croient en un dieu qui a eu un fils unique – comment il l’a eu, ça, ce n’est jamais dit –, né sur Terre par l’opération du Saint-Esprit (quelle est cette opération ?) d’une femme qui était mariée, mais vierge. Que des gens soient morts par milliers pour défendre cela, c’est quand même inouï !

Aussi loin que nous allions dans l’analyse, nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi la croyance existe. On peut, bien entendu, dire mille choses, trouver des raisons – la peur de la mort, l’incompréhension du monde… –, mais on ne peut pas l’expliquer comme on le ferait de l’origine d’une maladie

Le croyant contemporain est l’auteur et le propriétaire de la croyance qui le possède, et à laquelle il s’identifie pleinement

Toute discussion, toute mise en doute, si raisonnable et si pondérée qu’elle soit, ne sert ni à apaiser ni à expliquer - et encore moins à persuader.

Inutile de préparer des arguments pour répondre aux questions qui pourraient se poser, et cela pour une bonne raison : il n’y a pas, ou plutôt il n’y a plus de question.

Il est en effet essentiel, pour un croyant, de se montrer totalement fermé à tout argument qu’on lui oppose. La foi ne veut rien entendre, et c’est à cela qu’on la reconnaît. Elle n’est pas un objet de débat.

La connaissance a pour qualité première d’admettre qu’elle peut se tromper. Le principe de la croyance, c’est le contraire. Le dogme est établi pour toujours. Une croyance qui s’admet comme croyance, c’est impossible.../... "

(Je vous fais grâce des pages 107 à 109 ne voulant pas provoquer d’infarctus parmi mes lecteurs :-( )

La question que se pose Jean-Claude Carrière sera donc de plus en plus d’actualité. Nous devrons tous choisir entre connaissance et croyance. Mais ceux qui continueront à se référer à la connaissance et à la rationalité scientifique, comme à l’athéisme, le feront à leurs risques et périls.

et voilà ce que veut dire le bulletin que je mettrai dimanche dans l’urne de droite.

J.C. Carrière CROYANCE (O.Jacob)

https://www.franceinter.fr/emissions/le-7-9/le-7-9-02-juillet-2015