« Les avertisseurs sont les engins les plus décevants de la signalisation maritime. Et pourtant les navigateurs en réclament en maints endroits. C’est qu’ils craignent la brume par-dessus tout et que d’instinct, ils écoutent quand ils ne voient plus. »

Tous les Groisillons connaissent la légende de la Sirène de Groix racontée au siècle dernier par Joseph Stéphant-Beudeuff dans son livre : « Poèmes et légendes de l’île de Groix ».

C’est d’une autre sirène que je vais vous parler aujourd’hui. Elle a en son temps fait beaucoup de bruit et aidé de nombreux bateaux mais qui la connaît et qui s’en souvient aujourd’hui ? Seuls les gardiens du Grand phare peuvent encore vous la raconter car elle fut désaffectée il y a plus de 30 ans.

Si vous prenez le sentier côtier en partant de Pen Men vous rencontrez une petite maison blanche comme perdue toute seule au bord de la falaise.

En y regardant de plus près, du coté du phare, une porte et au dessus, peints en noir ces mots : Phares et Balises. Signal sonore. C’est le nom officiel de notre « Sirène »

Mais avant d’en parler, un peu d’histoire maritime :

En 1864, Léonce Reynaud, (Polytechnicien, directeur de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées.) écrivait :

« Les signaux à faire pendant les brumes, pour signaler aux navigateurs l’entrée d’un port ou la position d’un danger ont été l’objet de nombreuses études mais la question qu’ils soulèvent ne peut être regardée comme résolue. On n’a pas jugé que, dans l’état actuel des choses, la navigation de notre littoral eût assez d’intérêt à percevoir les sons à grandes distances pour motiver les dépenses que nécessiteraient l’établissement et l’entretien de ces machines. »

En fait, selon le Service des Phares et Balises , responsable des installations pour la sécurité en mer, la perception d’un son ne permettait d’apprécier avec précision, ni la distance, ni la direction de la source sonore. La plupart du temps, ce signal n’aurait donc d’autre vocation que d’alerter le marin de la proximité d’un danger.

Néanmoins il fut envisagé, dés cette époque d’en équiper quelques phares aux endroits particulièrement dangereux du littoral ainsi qu’à l’approche de certains grands ports.

En 1860 se déroula au Trocadéro à Paris un concours pour sélectionner le signal sonore le plus performant qui pourrait être installé. Ce tonitruant concert aboutit au choix de ce qu’on nomma : la trompette de Pern . Imaginée par un Anglais (sic) elle fut installée à Ouessant en 1866 .

L’année 1875 fut marquée par une série de naufrages dans l’archipel d’Ouessant faisant au total 70 victimes, tragédies imputées au manque de visibilité et à l’inefficacité des trompettes.

Cette situation perdurait et malgré toutes les recherches et les progrès technique, la brume n’arrivait pas à être maitrisée.

Le 16 juin 1896, un paquebot britannique le « Drummond Castel », perdu dans la brume aux abords de Molène fit naufrage avec ses 248 passagers. La trompette avait une fois de plus montré dramatiquement ses limites.

Pendant ce temps les progrès du dispositif d’éclairage des phares avec l’adjonction de nouvelles machines et l’électrification nous ramènent à notre « Sirène de Groix ».

(à suivre)

J.C Le Corre Groix Avril 2018.

Sources principales : (Photos de l’auteur)

« Phares. Histoire de balisage et de l’éclairage des côtes de France ». Jean-Christophe Fichou. Noël Le Hénaff. Xavier Mével. E.d Le Chasse Marée 1999
« Au service des phares » Vincent Guigueno PUR 2001
« Les cahiers de l’île de Groix » Aux origines du paysage » . N° spécial mars 2001