"Ils se dégradent très vite, on le voit, ils sont essoufflés au moindre mouvement, ils n’ont plus aucune réserve », confirme l’infirmière Natacha Perin.

Leurs hospitalisations sont très longues. L’un d’eux est en réanimation depuis trente-cinq jours, toujours intubé. Ces malades-là sont décharnés par la réanimation, marqués au visage par le decubitus ventral : le frottement des coussins a irrité leur peau, ils ont des croutes au front, au menton, autour de la bouche. Ils souffrent de neuropathie de réanimation : leurs nerfs, leurs muscles sont atteints, ils ont les plus grandes difficultés à bouger. Ils ont devant eux des mois de rééducation, comme témoigne le député alsacien Jean-Luc Reitzer, qui a passé quatre semaines en réanimation et, en tout, deux mois et demi à l’hôpital.

Mardi, dans la réanimation polyvalente, de nombreux malades du Covid-19 sont instables. Les soignants ont dû procéder dans la journée à quatre decubitus ventraux. Lorsque la saturation en oxygène d’un patient baisse, qu’il soit conscient ou non, les soignants l’installent sur le ventre, en espérant ainsi dégager l’arrière des poumons. Mais, parfois, cela ne fonctionne pas et il faut le remettre sur le dos. La manipulation des patients inconscients est difficile, périlleuse, elle exige 7 soignants : un médecin à la tête du patient, 3 médecins, infirmiers ou aides-soignants de chaque côté du malade. Délicatement, ils les retournent en les faisant glisser à l’aide de draps en veillant à ne pas arracher les tuyaux d’air ou de sang qui les maintiennent en vie

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